La Gazette du PC 2016/III – Automne

Vous n’en doutez plus. L’heure est géopolitiquement-identitairement-démocratiquement délicate. Avec les élections présidentielles aux États-Unis dans quelques semaines et en France au printemps prochain, le monde tel qu’on le connaît pourrait bien basculer. Les populistes pas encore proclamés vainqueurs, mais déjà donnés grands gagnants.

Alors Action ! Redonnons goût au monde post-moderne, libéral et métissé. Les journalistes semblent avoir gambergé durant l’été. Et en cette rentrée, les magazines francophones, culturels surtout, l’ont bien intégré. Pris acte de leur responsabilité. Le ton a quelque peu changé. Il va dans le sens du PC. On donne la parole aux métis. On montre la richesse du monde vrai, le nôtre, le seul qui soit authentique.

Ainsi le magazine littéraire La Grande Librairie (http://www.france5.fr/emissions/la-grande-librairie/diffusions/01-09-2016_503373) a choisi pour sa rentrée comme fil conducteur l’Identité, à travers la voix d’une poignée d’auteurs venus nous parler de résilience, de leur hybridité, de leur cosmopolitisme via les thématiques de leurs romans.

Casting de l’émission

Alain Mabackou, que je ne présente plus (http://leprojetcosmopolis.com/6-black-bazar-afroparis/) venu répéter que le Monde est son langage.

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Magyd Cherfi, ancien chanteur du groupe Zebda qui a grandi dans les quartiers nord toulousains dans les années 80, vient présenter sa « part de gaulois », sa ballade de schizophrène, une névrose identitaire dont il n’est pas sorti. Il se demande encore s’il est plutôt kabylo-toulousain ou franco-boeur, mais n’en fait plus une maladie. Car il a choisi son pays : son identité à lui désormais c’est la langue. et il plaide pour une république cosmopolite capable d’intégrer des symboles qui prendraient aussi en compte les ajoutés de cette grande nation.

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Laurent Gaudé venu défendre l’existence et le mot « cosmopolite« , désormais brandi comme une insulte par ceux qui incarnent les forces de l’obscurantisme.

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Gaël Faye, métis burundais de mère rwandaise Tootsie et de père français, venu présenter son « petit pays », et raconter le passage d’une enfance métisse à la guerre ethnique, durant laquelle les amis devinrent des ethnies et le métissé découvrit son identité tootsie. Pour ce héros qui « tangue entre deux rives« , tanguer n’est pas une maladie. On peut faire une force de cette identité hybride.

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Natacha Appanah, Mauricienne d’origine indienne, venue nous parler des enfants de clandestins abonnés sur Mayotte, 101ème département français, où elle est retournée pour « comprendre les gens des barques ».

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Enfin la fantasque Amélie Nothomb, qui conclura en insistant sur leur point commun, à savoir qu’ils sont tous des étrangers, un destin qui ne rime pas avec tragique, mais avec une vie passionnante, avec richesse, celle de n’avoir pas d’autre terroir que la langue qu’on parle, et ainsi de pouvoir être partout chez soi.

58Dans la même veine, le personnage inspirant de la semaine, qui apporte un regard différent sur notre contemporanéité était lui l’invité d’ONPC (France 2, 3.9.2016) et s’appelle Olivier Rousteing, jeune directeur artistique de la maison Balmain.

59Enfant métis adopté par un couple bordelais, comptant parmi ses amis Rihanna et les Kardashian, cet artiste toujours en mouvement ne se revendique pas plus Kanye West que Sud-Ouest, mais les deux. Ancien enfant métis en mal d’inspirations défend Kim K., qu’il ne voit pas comme l’héroïne vulgaire d’un monde hyperconnecté mais comme le symbole sincère d’un nouveau monde, qui permet à des millions de jeunes gens de croire à nouveau. Ce qu’incarne Kim K., à travers son parcours d’Arménienne-Américaine, osant être elle-même, épousant un afro-américain et donnant naissance à une enfant métisse, c’est un modèle de nouvelle famille, de nouveau monde.

Parmi les échos de cette rentrée, on peut aussi citer la gagnante du Prix Goncourt Leïla Slimani, qui, fatiguée de l’obsession identitaire qui dure depuis le 11 septembre 2001, n’a elle plus rien à dire sur l’identité.

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On peut citer Jean-François Colosimo, qui pousse un cri contre la démulticulturalisation-déshybridation du monde dans un reportage sur « La fin des chrétiens d’Orient«  (http://info.arte.tv/fr/la-fin-des-chretiens-dorient). Il revient sur ce qu’ils symbolisent dans l’Histoire, à savoir avoir « toujours été un entre deux« . Il revient sur la guerre en Syrie, qu’un million de chrétiens a déjà quitté pour un Occident dans lequel « ils n’auront plus l’environnement nécessaire à la transmission de leur identité« . Il pousse un cri contre cette « catastrophe de civilisation« , qui semble préfigurer tout ce qui va désormais se passer, à savoir que les identités ne pourront être que meurtrières ou que folkloriques. Il pousse un cri contre ce monde qui ne veut plus de médiation, plus d’entre-deux. Il pousse un cri contre l’indifférence au drame des chrétiens d’Orient, qui n’a rien d’un drame particulier, mais préfigure un drame universel.

Alors quoi demain, une religion, une nation ?

On peut se convaincre que la fermeture des frontières ne fonctionne pas en jetant un oeil aux statistiques qui n’ont jamais recensés autant de mariages transnationaux pour la contourner.

On peut se convaincre que la fermeture ne fonctionne pas en lisant le bilan de la préférence cantonale genevoise à l’embauche, qui si elle a changé significativement l’atmosphère n’a pas fait baisser significativement le chômage.

On peut rigoler avec ceux qui face à la désillusion politique ont choisi une autre option que la fermeture, en créant carrément des nouvelles nations ;-). Une multiplication des mini-nations inventoriée dans « Royaumes d’aventures : ils ont fondé leur propre État« , de Bruno Fuligni (Ed. les Arènes, 315 pages).

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Un véritable phénomène selon l’auteur – « Ces dernières années, le nombre de ces micronations a bondi, en France comme dans le reste du monde. Elles n’étaient que vingt il y a un siècle, 200 il y a vingt ans. Aujourd’hui, il existe 400 Etats, principautés ou miniroyaumes autoproclamés » – à prendre au sérieux « Lorsque les citoyens n’attendent plus rien des politiques, des syndicats, il reste la solution de créer un État. Même si c’est utopique, c’est plus grisant que d’essayer de réformer un système à bout de souffle« . (http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/les-petits-royaumes-d-operette-poussent-comme-des-champignons-21-05-2016-5815413.php)

Bien entendu, derrière l’aspect politique, la question de l’identité n’est jamais loin. Alors quoi demain, une identité, un territoire, une micro nation ?

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Turning Point

Mais voilà… ce petit et tardif sursaut n’aura pas suffi… Le contexte, l’atmosphère insinuée depuis une quinzaine d’années aura finalement gagné la partie et s’apprête désormais à être instituée.

Au matin du 9 novembre, … réveil avec le discours du 45ème président(?) des États-Unis. Déni de cerveau, n’imprime pas l’info, entend président—-e. Vrai réveil. Réveillée. Cette fois-ci c’est acté. Fini la gangrène latente (http://leprojetcosmopolis.com/8-cest-la-criiiiiiiiiiiiise-repli-et-tentation-demondialisante/) (http://leprojetcosmopolis.com/10-intermede-revue-de-presse/) (http://leprojetcosmopolis.com/revue-de-presse-2016-ii-aout-decembre/), (http://leprojetcosmopolis.com/revue-de-presse-2016-ii-aout-decembre/) on est passé de l’autre côté. On pénètre une nouvelle ère. On pénètre dans l’inconnu.

Un espoir : qu’une formule inédite macérera et que l’hybridation entre le désormais ancien monde post-moderne et le nouveau monde néo-middle-ages s’imposera.

En attendant, une fois la stupéfaction passée, réagissons. Pas le choix, pas question de succomber à l’abattement. Après le chagrin reviendra l’espoir. En attendant, surtout, continuer à s’étonner. Et se rappeler ses cours de sociologie, se rappeler cet auteur qui affirmait que tout a une fonction. Donald Trump sans doute aussi…

Tout de même… l’incompréhension. Vous voulez un vote anti-système ? Bon sang, y’a des libéraux aussi. Il y a des Trudeau et des Macron aussi. Avec qui le dialogue démocratique est possible. Car Trump encore plus que ses idées, c’est son tempérament qui fout les jetons. Face à cette violence, vulgarité, folie, comment dialoguer ? Malheureusement pour les libéraux nouveaux, on ne pardonne en ce moment rien aux estampillés démocrates. On pardonne au nanti qui crache.

En + ils ont l'air tout amoureux

Image : http://mashable.france24.com/mashallow/20170510-justin-trudeau-emmanuel-macron-bromance-fan-fiction

Avenir USA ? Sécession Californie (#Calexit, appel à la sécession) ou réconciliation et hybridation des « deux » pays ? Souvenez-vous ce dont Barack Obama se savait être une étape : le métissage du Monde (http://leprojetcosmopolis.com/12-eloge-de-la-mobilite-et-du-batard/; http://leprojetcosmopolis.com/13-portrait-barack-obama-devenir-metis/) Étape provoquant naturellement des contre-réactions.

Quoi qu’il en soit, l’élection de Trump, victoire du Territoire certes, mais victoire éphémère d’un modèle vénère car le Territoire ne gagne toujours que provisoirement, alors que le Réseau s’installe lui durablement. Les grands mouvements migratoires géopolitiques n’ont jamais perduré, conduisant au contraire à de grands mouvements inverses. Invasions et évictions en bloc. Contrairement aux mouvements, aux flux naturels qui se sont installés. Le monde métissé n’est pas à défaire, il est fait pour durer. De même le protectionnisme est un leurre, un « contre-mouvement » qui suit le cheminement suivant : relocaliser, boycotter, produire local puis… exporter. Le mouvement ? Un mouvement sans fin ;-)…

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Mais en attendant, quelle suite dans l’immédiat ? Rapprochement USA-Russie et sortie des Organisations internationales ? Annulation du rapprochement avec Cuba et de l’accord avec l’Iran ? Annulation des ouvertures ? Fuite des investisseurs, fuite de la poésie, fuite de l’espoir, fuite de l’énergie, fuite de l’optimisme ?

La saison de l’abattement

Trump, une élection qui vient clore une année 2016 qui nous aura déjà contraints à assister au Brexit, à une Union européenne incarnée par des Le Pen, des Hoffer, des Kopetri… Des populistes envoyés par leurs peuples dans le poste de commandement pour faire imploser de l’intérieur la maison.

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Les politiques tournent le dos au Monde, appuyés bien contre leur gré par la classe moyenne supérieure bourgeoise, dont j’ai l’opportunité d’observer un échantillon dans ma région. Adepte du trip carrière en ville – maison à minima un million dans la banlieue-campagne, qui elle tourne le dos au monde, au populaire, cherchant en vain des territoires préservés et isolés lors de ses congés, fuyant les « repères à toutous » comme elle se plaît à les nommer… Libéraux qui adhèrent à la position identitaire d’un Fillon et comprennent les peuples de l’Europe qui s’insurgent contre l’imposition d’une identité européenne qui n’aurait aucune chance d’éclore… Pas d’hybridation, pas d’enrichissement identitaire, un Espagnol est et restera à jamais seulement un Espagnol, voilà ce qui m’a été soufflé…

Alors en cette fin d’année, comment régater, quand même le grand aventurier Sylvain Tesson est « rentré à la maison« , où il parcourt désormais les « chemins noirs »…

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Quand ta collègue frontalière dégoûtée par la politique française te dit que finalement pourquoi pas Marine Le Pen, sans y voir de contradiction avec son propre statut de ce côté-ci de la frontière…

Quand tu découvres au détour d’un sondage que l’immigration est désormais la préoccupation majeure des jeunes Suisses « L’immigration en général, l’asile en particulier, représentent la principale préoccupation des Suisses de 16 à 25 ans, selon un sondage réalisé par l’Institut gfs.bern. Alors que près d’un jeune sur cinq s’en souciait en 2010, ils sont presque un sur deux aujourd’hui.«  (http://www.rts.ch/ino/suisse/8065001-l-immigration-preoccupation-majeure-des-jeunes-suisses-selon-un-sondage.html)

Plus personne ne semble tenter de sauver ce monde-ci et les familles affirment qu’elles ferment la clé pour le bien de leurs enfants, alors sûrement qu’elles doivent avoir raison. A court d’arguments, plus rien à objecter.

Mais enfin pourquoi les gens en colère n’écrivent-ils pas de roman ? Pour nous donner l’opportunité de les comprendre de l’intérieur. Pour ne pas seulement les institutionnaliser mais les intégrer au grand roman collectif, les poétiser, cesser de les laisser de côté, pour adoucir, pour diminuer la rancoeur, pour réconcilier les deux moitiés ? Après tout, désormais c’est acté, les gens en colère représentent la moitié des sociétés occidentalisées.

Nouvelle voie – Du PC au PG…

Pour ma part c’est décidé. Pour coller à ce désormais nouveau monde, le projet va évoluer. Le PC devient le PG, un blog apolitique, un blog plus léger pour porter aux nues, mettre en lumière, encenser tous ceux qui chuchotent et ignorer ceux qui crient. Plus question de chronique de démobilisation. Un blog pour créer, inventer un monde nouveau et contribuer à atténuer la colère, en mettant l’accent sur la lumière, les hybridations. Pour parler des défis qui peuvent mobiliser nos énergies. Plus d’instantanéité, plus de spontanéité, plus d’incarnation.

Un blog qui observera et tentera d’articuler pour concilier ce triptyque identitaire contemporain absolument passionnant : Régions – Nations – Monde. Trois échelles qui coexistent simultanément. Penser leur possible et nécessaire cohabitation, leurs hybridations, leurs interconnexions. Penser une inédite formulation.

Un nouveau projet, une nouvelle année qui gageons-le, amorcera un nouveau mouvement. Après tout, quand on prône l’ouverture, il faut savoir être ouvert aux surprises…

 

La Gazette du PC 2016/II. Été

Retour sur la « démobilisation »

Pour commencer cette Gazette, petite tentative d’explication d’un concept avec lequel je le crains je n’ai pas fini de vous bassiner : « démobilisation »…

Depuis maintenant quasi deux décennies s’est insidieusement ancrée une atmosphère, un climat, portés par deux dates clés (2001, 2008) et permettant les conditions pour le retour du Territoire sacré (État fort, identité circonscrite, nation homogène, prolifération des murs, etc.). Un contexte qui prépare progressivement les consciences à considérer l‘immobilisme comme chic-patriotique-authentique-social-écolo, et le mouvement comme la cause de tous les maux.

Une démobilisation nourrie par des événements terrorisants, comme les infects attentats d’Orlando qui orientent en ce printemps la surréaliste campagne présidentielle américaine. Constat partagé, différemment récupéré. Pain béni pour les disciples d’Huntington (http://leprojetcosmopolis.com/4-arjun-appadurai-vs-samuel-huntington/). Ainsi de Donald Trump qui affiche très vite son camp, préférant la division en minorités à l’union contre les monstres.

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La démobilisation est cousine de la démondialisation. Démondialisation soutenue pour de plus louables raisons par les amoureux des mots trendy du moment : localisme, proximité, autonomie, autosuffisance. On milite pour un développement durable, on pleure quand il sert les populismes. Enfin démondialisation souhaitée par des sociaux-plus-trop-libéraux aussi…

La colère mondialisée ou mondialisation de la colère

« Nous approchons d’une période de désespoir et avec le désespoir c’est l’extrême droite qui en profite. Certains d’entre nous, qui sommes âgés, nous rappelons ce que cette extrême droite a pu faire. Il faut, dans cette période de désespoir, rapporter l’espoir, dire qu’un autre monde est possible et même nécessaire. »

Discours prononcé par Ken Loach, Palme d’Or pour « Moi, Daniel Blake« , cérémonie de fermeture du Festival de Cannes 2016.

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Mais quel monde Ken, quel monde ? Aide-nous Ken, avant que la colère des sociaux pas libéraux ne glisse vers le social-populisme. Ceux-là ont justement vu « Moi, Daniel Blake« . Ils ont vu « Demain » et « Merci Patron » aussi… Influencés par cette vision, pour ceux-là, il n’y a plus rien à sauver. Plus rien à attendre de la mondialisation. Pas de génération mondialisation, pas de classes moyennes crées dans des contrées plus orientales. Ils scandent économie économie économie, abus de l’économie. Monde pourri. Une obsession qui leur ferait presque occulter le trend de fermeture idéologique en cours. Et pourtant. Au retour d’un verre avec un ami qui me soutenait que le problème du monde était le trop plein de mondialisation, je tombe sur un débat France Culture sur la multiplication mondiale des murs…

En partie d’accord sur le constat, pas sur la focalisation, ni sur les solutions. Mais je n’ai malheureusement pas les arguments pour adoucir leur colère contre l’économie mondialisée. Du coup je me contente de parler d’Identités et laisse aux initiés le soin d’éclaircir la mondialisation économique. Je laisse la colère aussi. Je me garde l’espoir, l’ambition d’une pensée tournée vers l’action.

Quand même, pas facile de fuir toute cette colère. L’autre matin, à priori de bonne humeur, la radio achève de me réveiller avec le récit de quatre pelés très fâchés dont j’apprendrai plus tard qu’il s’agissait de la manif des droites à Bézier… Marre qu’on nous pollue avec les minorités, occultant les millions d’autres qui ont simplement envie d’un peu de lumière, un peu d’énergie pour aller travailler.

Cette colère je la retrouve aussi chez des amis à priori juste « mondialisés », pas politisés. Tel cet employé de banque qui gagne correctement sa vie mais se sent si exploité qu’il songe à se tourner vers le côté obscure de l’échiquier. Pour l’instant, il envisage déjà de vivre un temps aux crochets de l’État pour s’en venger, lui qui laisse ses citoyens perdre tous leurs avantages. La faute à qui ? Dans ma région, mon ami a un bouc émissaire tout trouvé : les frontaliers… La faute à « celui qui vient d’ailleurs », alors que lui-même s’apprête à émigrer aux USA. Retrouver l’être aimé, qu’il veut persuader de recommencer à Détroit. Parce qu’il n’est pas que colère, il rêve aussi, de potagers, de communautés et d’usines à réhabiliter. Il rêve devant le film « Demain« , nouvel hymne de la communauté bio en quête d’espace social à territorialiser.

Économie mondialisée : un glocalisme raté ?

A écouter la souffrance professionnelle des uns et des autres, j’en viens à penser que la crise actuelle, ce violent rejet de l’économie mondialisée et ses avatars est peut-être la conséquence d’un glocalisme raté. Quand on y réfléchit, c’est évident : on a importé un système de management sans la culture ni les avantages qui vont avec. Importé en Europe un système économique clé en main, sans l’adapter à la culture du cru.

Mais pour être honnête je n’ai toujours pas tranché : crise idéologique first ou crise économique first ? Peut-être crise économique due à un modèle économico-culturel inadapté et auquel on ne souhaite plus participer.

Futurs réfugiés progressistes

Malheureusement, Donald Trump a remporté l’investiture républicaine aux États-Unis. Ainsi les futurs réfugiés américains d’une potentielle ère Trump se sont déjà vus proposer une terre d’asile canadienne (http://www.courrierinternational.com/article/ameriques-une-ile-canadienne-offre-lasile-aux-americains-si-donald-trump-gagne)…

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Quant à moi si je pouvais me téléporter temporellement au lendemain du 9 novembre, que cette crainte soit passée… Pour les Britanniques en revanche il est trop tard, même si dès le lendemain du vote, les partisans du Brexit avouaient déjà avoir trompé. Victoire totale pour ces populistes qui contribuent à ancrer un « mouvement d’arrêt ». De leur côté, les libéraux britanniques se ruent sur les permis irlandais, leur potentielle terre d’asile à eux. Tandis que les demandeurs d’asile coincés de l’autre côté de la Manche vont désormais pouvoir circuler en Grande Bretagne une fois celle-ci hors de l’UE boutée…

Alors Samuel H. tu la définis comment ta civilisation occidentale au moment où l’Union européenne commence à éclater ? Et en 1914 ? Et en 1939 ? En tout cas, aujourd’hui, au paroxysme de « l’huntingtonnisme », la balkanisation s’accentuant, si ta prophétie auto-réalisatrice a tout pulvérisé, ta théorie elle se délite. En fait ils semblent s’en moquer les Huntingtonniens, on ne les sent excités que par la déconstruction et les réponses faciles. Leur maxime c’est « Après moi le déluge concitoyens désolés ». C’est bien le cas au lendemain du Brexit, ce le fut aussi au lendemain du vote qui avait pour projet d’isoler la Suisse (cf. un fameux 9 février). Reste une grande interrogation. Avec tout ce terrain gagné, comment se fait-il que les 50%+1 pro repli ne se sentent toujours pas mieux dans leur identité ?

Les plus virulents des adeptes du choc des civilisations ont bien compris que leur théorie passéiste ne pouvait fonctionner qu’en faisant totalement fi du… passé justement, fi d’un monde brassé. Et pour y remédier, ils ont élu une autre théorie : la théorie du grand remplacement. Parlant du cas français, ses adeptes seraient partisans de la re-migration des Français musulmans… Daesch et l’extrême-droite ont décidément la même position sur la présence des musulmans en France…

 Je ne serais guère étonnée d’apprendre que le tristement célèbre Robert Ménard y souscrit. Lui qui lance « Allez dans les quartiers difficiles, à la troisième génération, ils ne sont toujours pas intégrés. » Effectivement alors vaut mieux qu’ils rentrent chez eux… D’ailleurs c’est où chez eux ? M. Ménard, j’aimerais vous retourner la question : comment c’est possible qu’une troisième génération vive encore dans des quartiers difficiles ? L’inclusion dès la première génération, qui avait le pouvoir de la mener ? Vous voyez, il n’y a pas de vérité, il n’y a que des visions. En voyant le film « La Raffle » l’autre jour, je me suis interrogée sur la façon dont on racontait l’Histoire vs comment on anglait le présent. Easy de faire changer les méchants…

Goût du « Retour », mouvement global à plusieurs déclinaisons

Nous vivons le sacre des communautés. Communautés toutes azimut mues par une envie de « retour », de changement, d’authenticité fabriquée, de futur à travers le passé. L’innovation désormais c’est la nostalgie, l’innovation désormais c’est la tradition. Un trend global décliné selon différentes sensibilités.

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Au sein de la « société du retour« , que le désir soit provoqué par une nostalgie géographique ou historique, on peut distinguer des types de communautés. Pour l’exemplarité on va opposer les à priori plus antagonistes : communautés du « repli » et communautés cosmopolites. Dans le camp des plus conservatrices on rapproche les sous-communautés huntingtonniennes extrémistes d’étiquette populiste ou d’étiquette islamiste. Chez les progressistes on pourrait dire que communautés transnationales et communauté bio partagent un bout de spectre. C’est à Londres que ça m’a frappée. Du coup j’ai regretté ma stratégie new yorkaise, de m’être concentrée sur les quartiers communautaires ethniques et avoir fait fi de la Communauté Bio de Brooklyn. M’a manqué une moitié de la société modérée pour parfaire le tableau de la Ville-Monde libérale.

Alors le « retour », mouvement passager ou contre-mouvement fabriqué pour s’ancrer ?

Lumière d’été :-)

En attendant de le savoir, moi j’ai choisi ma presse pour cet été. Une presse qui bannit les termes « climat de psychose » et « morosité ambiante » pour leur préférer la frivolité et les héros lumineux.

Rien de tel qu’un bon magazine pour buller à la piscine… Dans Madame Figaro par exemple j’ai découvert quelques personnages inspirants, comme l‘Italien global Renzo Rosso, le patron de Diesel, qui « adore observer le monde en mouvement« . Il a préféré rester entrepreneur qu’intégrer le Gouvernement Renzi parce que »les entrepreneurs peuvent prendre des décisions plus rapides« , « les entreprises globales sont présentes partout, dans les réalités locales« , « l‘entrepreneuriat actuel a les moyens d’agir« , alors que « les gouvernements ont moins de pouvoir parce que leur action est confinée à l’intérieur d’une frontière« .

Réhabiliter le goût du mouvement… Si c’est là la vision du monde de la presse dite féminine, vive les femmes moi jdis. Un optimisme, un goût de l’action qui fait écho à ma propre croyance, à savoir que même face à la démobilisation et la fermeture idéologique, je continue de penser qu’on vit dans un monde qui nous met face à d’extrêmement stimulants défis. Un monde dans lequel il ne s’agit pas seulement de réussir à Vivre ensemble, mais à être en mouvement simultanément. A parvenir à équilibrer des flux multidirectionnels. Il semble qu’on se trouve à un tournant. Il s’agit de ne pas rater le virage. Mission impossible si on tourne le dos à la résilience et à la complexité. TOUS les démocrates doivent se (re)mobiliser.

Alors j’ai envie de supplier mes amis socialistes de modérer pour un temps leur justifié combat anti-mondialisation. De le dire qu’une position antimondialiste est contradictoire avec des frontières ouvertes. Qu’aujourd’hui l’urgence n’est pas là. Qu’ils nourrissent contre leur gré les arguments des populistes, qui à terme les nourriront bien moindrement que le font les capitalistes. J’ai envie de dire à mes amis écologistes d’apprécier aussi quelques nourritures en mouvement. Qu’on ne peut pas prôner l’économie locale sans réaliser que si on atteignait l’autosuffisance ça limiterai de facto le mouvement des hommes… Avoir un peu besoin des autres, avoir un peu besoin des terres des autres –> échanger ! Se rencontrer, se mélanger…

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Soirée « Middle Ages »

Cet été fut aussi l’occasion de passer une soirée en compagnie de quelques représentants de la Génération Erasmus. Partager notre inquiétude, en plaisanter, se consoler. Ainsi l’expression Middle Ages s’imposa vite comme boutade et fil rouge de notre soirée. S’imposa comme une évidence face aux sujets d’actualité abordés… Vagues d’attentats, Brexit, montée de Donald Trump aux USA et des nationalistes en UE, hipsters, fermeture de la Turquie, éviction des réfugiés syriens… Lors de cette soirée en quatre langues, on s’est interrogés sur l’avenir : les dialectes locaux auront-ils pris l’ascendant sur les langues du monde lors des réunions des prochaines générations ?

On a eu une pensée pour nos amis de la génération mondialisation turque aussi, qui au lendemain du putsch manqué se retrouvent désormais assignés à domicile, enfermés dedans. Ainsi de Barish, ex-compagnon de Réjane (souvenez-vous http://leprojetcosmopolis.com/14-portrait-la-generation-mondialisation/), désormais installée à Madrid et ce soir-là accompagnée d’un de ses amis Erasmus allemand, jeune homme pouvant travailler dans le monde entier armée de son PC, et y postulant pour la fin de l’été qu’il passe à Genève, où après avoir oeuvré pour une organisation internationale enseigne les langues à des enfants d’expatriés tout en faisant des escales en Suède où sa petite amie mi-Jordanienne-mi-Argentine rencontrée ici s’est pour un temps installée… Certains ont décidément le monde pour maison !

Middle Ages… Depuis je m’amuse à envisager certaines réalités sous cet angle. Ainsi que sont les intégrismes religieux si ce n’est des interprétations « moyenâgeuses » des textes ?

😉 Le Middle Ages c’est aussi la consécration des cultures régionales. Et qui mieux que la culture celtique pour évoquer ce petit goût d’antan ?

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Cette année même le Village du Monde du Paléo Festival a succombé… Le village celtique y a supplanté le traditionnel village « ethnique ».

L’été de l’assignation

En Turquie, les progressistes ne sont pas les seuls à payer l’État d’urgence. Istanbul étant un Hub important, le repli turc a des conséquences sur la mobilité de toute la région. Enfermés et bientôt isolés. Genève a supprimé ses vols vers la capitale dans la foulée. Et si les Turcs sont assignés, d’autres vont s’assigner cet été. Terrorisés par les disciples de Daech qui bombardés sur leur territoire vont frapper fort tout l’été, allant jusqu’à assassiner un prêtre dans son église pour poursuivre la fragmentation. Les touristes fuient. Ce qui soulagerait presque certaines terres qui limitent elles leur nombre pour préserver leur authenticité. Et moi je repense avec nostalgie à 1996, mes premières vacances en avion, en Tunisie. C’était avant. Avant que l’Occident ne se mette à se détester et considère que le tourisme trans-méditerranéen pervertisse l’exotisme des autres et soit vulgaire. Avant que le monde se mette à se refermer.

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Mais cet été toute mobilité méditerranéenne n’a pas été entravée. La grande transhumance estivale des double nationaux a perduré. Et des destinations européennes victimes de la crise ont été prises d’assaut. A l’exception peut-être de ces plages où l’on redoute de croiser des réfugiés fraîchement débarqués… De l’autre côté de la Méditerranée, si l’Égypte pleure ses touristes, des « gated communities » type El Gouna, ville privée, ville fermée, restent très prisées…

Mon kiosquier turco-genevois lui m’a avoué ne pas oser partir non plus cet été. Pas à cause de la peur des attentats, mais de son faciès et de l’association qui risquait d’être faite en ces temps de stigmatisation…

Bref cet été on est restés assignés.

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Quid du tourisme, reste les « deux maisons »

Good new : on est jamais totalement assignés lorsqu’on a la chance d’avoir « deux maisons ». Une force pas encore toujours revendiquée par ces bi-, qu’ils aient deux nations, une ville et une région, ou je ne sais quel fructueux duo. Pour ma part restée cet été dans ma maison d’élection, j’ai passé le grand rassemblement sous les feux en compagnie de mon amie argento-genevoise qui assume pleinement sa bi-culturalité, mon amie pariso-marocaine qui n’a pas fini de réconcilier ses deux maisons et en évite une, et son collègue au bricolage intéressant, cadre dynamique parisien rejoignant le week-end sa deuxième vie et sa forêt où il se mue en bûcheron nordiste frontalier qui n’hésite pas à se faire belge un peu aussi, exploitant la richesse de la frontière, à l’occasion. Quant à moi qui ai dû renoncer pour un temps à ma deuxième maison, tente de compenser ce manque en m’extrayant du localisme de ma maison-monde d’élection en m’ancrant dans mon univers transnational, mon blog.

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Les partisans des « deux maisons » ont aussi d’éminents représentants, comme les frères Costes que j’ai découvert en zappant, et qui illustrent parfaitement la conciliation entre traditions-cultures-régionales et villes-mondiales-mondialisation. Issus de la communauté des Aveyronnais de Paris, ces immigrés qui après l’abandon du charbon passèrent le temps d’un trajet de Bougnats à limonadiers, et dont on compare volontiers la communauté à la communauté transnationale chinoise (utilisant des mots comme entraide, associations, réseau, solidarité, mafia), celle-là même qui reprend peu à peu leurs établissements parisiens… Le mouvement, tout le temps ;-). Mais subsistent encore quelques grandes familles pariso-aveyronnaises, dont les frères Costes qui ont su « s’appuyer sur le réseau aveyronnais mais bousculer la tradition ». Devenus mécènes sur leurs terres d’origine, ces entrepreneurs qui ont « la tête à Paris et le coeur en Aveyron » n’ont pas oublié leurs racines. Ils prévoient de retourner finir leurs jours dans leur région, contrariant une évolution régionale qui les rend nostalgiques, l’exode rural. Car enfin, il y a les terres qu’on se choisit pour courir, et les terres où l’on choisit de revenir pour s’y reposer…

Nouveaux réfugiés ?

Cet été devons-nous peut-être nous préparer à accueillir les futurs réfugiés turcs, et encore une fois, avant de se braquer, regardons qui sont ces potentiels réfugiés, qui ils fuient, par qui ils sont persécutés. En Turquie les aspirants voudraient fuir un régime autoritaire conservateur. Ailleurs au Moyen-Orient souvent Daech. Ceux qui se mettent en route sont des progressistes qui refusent la démobilisation, « nous » quoi.

Mais en cette fin d’été, certains risquent bien de changer de regard sur les réfugiés venus de loin…

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Tremblements de terre en Italie, nouveaux camps, nouveaux réfugiés...

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… Oui enfin… tout dépend sur quel type d’articles ils tombent…

Ceux là grossiront peut-être la Ville-Monde. Ou s’inspireront-ils éventuellement de ces pionniers qui de par le monde, face à la crise, pour éviter de glisser dans une précarité subie, ont opté pour de nouveaux modes de vie plus mobiles, plus légers, moins territorialisés. Ainsi aux États-Unis, ils sont de plus en plus nombreux à opter pour une « vie en RV« .

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Ca me donne bien envie, mais pas sûre qu’Outre-Atlantique je puisse facilement m’installer. Ni tous les potentiels réfugiés d’ailleurs. Quoique… je viens de lire qu’après New York (http://leprojetcosmopolis.com/new-york-five-boroughs-many-worlds/) la ville de Zurich planchait sur une carte d’identité pour les sans-papiers. Une citoyenneté urbaine pour que celui qui appartient au Monde et non au pays puisse être en règle là où il réside. Un espoir donc que « l’utopie » transnationale (http://leprojetcosmopolis.com/5-le-transnationalisme-dans-tous-ses-etats/) franchisse les barrières du Territoire pour entrer dans la ville.

Nouveau poste d’observation

Bon en ce qui me concerne, je dois délaisser pour un temps mes errances citadines, car j’ai du boulot ici. Déjà oeuvrer à transmettre le PC, puis j’ai un nouveau job aussi, dans les Ressources Humaines où j’ai réussi à m’infiltrer. Un poste d’observation de premier plan, un boulot qui contribue à nourrir le PC. Car enfin c’est là que ça se joue, dans un monde professionnel qui a la mission d’équilibrer les nationalités, les origines, les localisations des salariés pour diminuer la colère et le sentiment de déclassement. Sujet ultra-sensible dans une région frontalière. Importance du recrutement pour contrer la montée du populisme. Sujet capital dans une ville internationale où les travailleurs mondialisés sont recherchés mais pour lesquels dans le courant de l’été les permis extra-européens à attribuer étaient déjà épuisés. (http://leprojetcosmopolis.com/9-geneve-ville-internationale-ou-ville-mondiale/)

Bref, j’ai réintégré la société et poursuis le PC en indé, sans compromis. Recherche de l’équilibre et de l’hybridité. Hybridité des géographies, hybridité des occupations, une formule qui peut fonctionner ?

L’été touche à sa fin… Accélération et Révélation

« A ce stade des négociations, la France dit non au traité de libre-échange atlantique« .

Fin août, la démobiisation s’accélère. Et c’est dans ce contexte, entre la guerre annoncée de l’Union européenne aux multinationales et la fin des négociations sur le TAFTA, que prend son envol le libéral Emmanuel Macron en vue de l’élection présidentielle de 2017. Enfin lui prétend dans un premier temps déjà vouloir oeuvrer à ce que les idées progressistes soient présentes au deuxième tour de la présidentielle. Et il lance dans la foulée son mouvement « En Marche » (https://en-marche.fr/) sur lequel il compte s’appuyer.

Emmanuel Macron, possible étendard pour ma génération ? Futur candidat ? En tous les cas voix dissonante dans une campagne qui s’annonce sur la note « tout va mal » qui va nous plomber jusqu’en mai prochain, ambiance … !

Bref, espérons que cet économiste ait de meilleures propositions que les isolationnistes de la trempe de Trump.

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Car le protectionnisme à terme et poussé dans son idéal-type c’est la guerre… Et les gouvernants ont une responsabilité historique en allant dans le sens de la peur des gens, qui croyant offrir un avenir plus radieux à leurs enfants risqueraient plutôt de les envoyer « au front », comme on peut l’entendre sur le plateau de « 28 minutes » du 31 août (http://sites.arte.tv/28minutes/fr/video/28-minutes-267), lors d’un débat éclairant qui tente de mettre en avant des chiffres pour contrer le climat idéologique ambiant.

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Selon l’économiste Philippe Dessertine, s’il faut évidemment contrer les abus et mieux répartir les richesses, il ne faut pas stopper les échanges, car « si la réponse c’est dire on arrête tout et on est dans le protectionnisme c’est à coup sûr la catastrophe« . Car « quand les marchandises ne franchissent pas les frontières, les armées elles le font« . Laurent Davezies accorde que la mondialisation a créé des catégories, des territoires oubliés, mais montre à force de chiffres que globalement elle ne nous a pas appauvris. Au final sur ce plateau ils sont d’accord, car même Amélie Canonne, responsable de la campagne Stop TAFTA souhaite elle aussi plus de régulation, de nouvelles règles plus sociales et plus écologiques, et ne se reconnaît pas non plus dans le protectionnisme d’un Trump, qui annonce déjà une sortie de l’OMC…

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Quoi qu’il en soit, le lendemain sur Facebook on ne compte plus les mouvements qui crient victoire pour la démocratie avec la fin de cet obscur accord.

See you en novembre…

Voilà, l’été touche à sa fin… La Gazette du PC 2016/II aussi.

Pour conclure, la formule qui résume le mieux cet été 2016, c’est finalement dans le magazine Elle que je l’ai trouvée…

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Allez, see you, on se retrouve après le 9 novembre.

« Dans un monde en mouvement dont on rejette les flux, on perd forcément le contrôle… » (phrase maison)

La Gazette du PC 2016 / I. Printemps – Hiver

PC Blog. Le Voyage continue…

A la base, le Projet Cosmopolis, c’était l’idée de mener un projet de A à Z. Un projet autour de la Mobilité. Un projet pensé comme un voyage. Un voyage qui devait avoir un début, une fin et une durée, un an.

Mais voilà qu’au terme du voyage, il a fallu composer avec les éléments… De un le projet était bien décidé à jouer les prolongations. Le deuxième fut une urgence à partager le PC.

Du coup pour satisfaire le deuxième, j’ai publié le pavé sur ce site. Parce qu’un site internet ça n’a (pour l’instant du moins) pas de nationalité, apatride, il flotte, se rit des frontières, constitue l’espace de liberté de la société civile transnationale, a vocation à rassembler une « communauté d’idées » dispersée. Et en dépit de son apparente froideur, son côté impudique, son manque de sensualité, il offre la liberté d’être foutraque, incarné, expérimental, hybride, maladroit, longuet, hors contingences politiques ou commerciales. Bref, le site s’est révélé comme la meilleure façon de partager le PC.

Pour répondre au premier, le site se fait blog. Et le voyage se poursuit. Continuer… Parce que malgré la « démobilisation », convaincue qu’il n’est pas trop tard (!) (?) (.) (…) ?

Mon PC restera un grand bazar, une réflexion globale sur la mobilité. Une façon de lire le monde parmi des millions. Des millions de non vérités qui ne doivent pas s’affronter mais se compléter, s’enrichir, se complexifier. Le PC ne juge pas, n’arbitre pas. Il a vocation à observer et déformer, montrer ou inventer, être dans et hors-réalité. Au-delà de la psychose, de « l’anxiogénité », de la morosité. Assez d’autres voix pour ça. Le PC nourrit un rêve aussi. Rejoindre une communauté de gens qui croient. Utopique ? Honteux ? Il en faut bien aussi quelques uns pour défendre le monde post-moderne et post-colonial en gestation, montrer son côté lumineux, pour répondre aux éternuements des populistes et autres apôtres de la serrure qui exècrent mouvements et métissage.

Un blog enfin pour m’extraire de mon localisme et évoluer ponctuellement dans un borderless world. Parce qu’en plus de « deux maisons », on a besoin du transnational aussi.

Génération Mondialisation et Nouvelle(s) Mondialisation(s)

Souvenez-vous, nous nous étions quittés sur le constat suivant : c’est à la Génération Mondialisation que revient le défi de réinventer la mondialisation. Pour son profit d’abord. Pour réconcilier aussi. Les citoyens marginalisés tentés par de burlesques extrémités. Pour préserver harmonie, modes de vie, et osons le susurrer, démocratie…

Du coup mon nouveau défi à moi c’est d’être attentive à ce qui émerge comme nouvelles voies, alternatives engagées sur la route du rassemblement, la bonne quoi.

Explorons, partons donc en quête de rêveurs et voyons un peu ce qui est en train de s’esquisser…

Première escale : « Demain »

Parce que cette nouvelle mondialisation s’incarne aussi au cinéma, le documentaire « Demain » sera ma première escale de l’année. « Demain » donc, sorti en ce mois de janvier 2016, se présente un peu comme le nouvel hymne d’une partie de cette Génération Mondialisation, comme un chant d’espoir pour une néo-mondialisation. Et comme un prétexte pour le PC pour aborder un désormais puissant courant de pensée…

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« Demain », de Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015, 1h58.

Le pitch

« Alors que l’humanité est menacée par l’effondrement des écosystèmes, Cyril, Mélanie, Alexandre, Laurent, Raphaël et Antoine, tous trentenaires, partent explorer le monde en quête de solutions capables de sauver leurs enfants et, à travers eux, la nouvelle génération. A partir des expériences les plus abouties dans tous les domaines (agriculture, énergie, habitat, économie, éducation, démocratie…), ils vont tenter de reconstituer le puzzle qui permettra de construire une autre histoire de l’avenir. » (http://www.demain-lefilm.com/).

Les mots clés : localisme, communautés, auto-suffisance, lien social, proximité.

Le compte-rendu

La première partie propose une sorte de tour du monde d’initiatives écologiques originales, souvent le fait de la société civile. La démonstration convainc : on peut réinventer, on peut agir, d’abord localement, dans un mouvement qui vient du bas pour s’étendre horizontalement.

La deuxième partie, c’est le gros bazar. Les narrateurs mélangent tout, « refont » tout : économie, politique, éducation… Et ça fonctionne moyennement. Manque de cohérence. Exemples isolés, décontextualisés, incomparables, sans liens entre eux. Exemples prétextes à servir le postulat suivant : dans le modèle actuel, tout est à jeter ! Quid de la réflexion historique sur l’évolution, le pourquoi a été atteint un tel degré de mondialisation. Nos héros ne se contentent pas de dénoncer les abus d’un système, mais condamnent un système entier fatal et essoufflé.

En gros, d’abord séduite et concernée, j’ai ensuite progressivement décroché. Ils m’ont perdue. Trop politique, trop idéologique, trop dans la démonstration. Je suis ressortie de la projection à la fois rassurée et inspirée, mais dubitative. Mon ami lui carrément emballé.

Au terme de la projection, je me suis aussi interrogée : « Demain » ne serait-ce pas un peu hier ? Un hier un peu trop lointain ? Demain, ses petites communautés locales et auto-suffisantes, ne serait-ce pas un peu le… Moyen Âge 😉 ?

Pour être clair, le message que j’ai cru entendre en arrière-plan et dont je m’éloigne, aussi bien intentionné qu’il soit, dans un monde en « démobilisation », est le suivant : le « made in ailleurs » c’est mal. Pas éthique, pas écologique, pas proche, pas social. La charge mériterait d’être nuancée.

Ce mot-ci m’a davantage émoussée : horizontalité. Horizontalité du mouvement « local » porteuse d’espoir. Espoir de voir émerger un autre type de pouvoir. Et plus concernant pour le PC, un localisme horizontal, « cross borders », c’est aussi l’espoir d’un localisme qui ne mette pas fin aux échanges et ferme les frontières. Ben oui, imaginez qu’on atteigne très improbablement cette utopique auto-suffisance, quel besoin alors d’échanger au-delà de sa communauté ?

Horizontalité = espoir de l’émergence de mouvements prônant proximité et localisme, mais interconnectés. Me demandez pas comment tout ça pourrait se concrétiser, pas grande idée… Après tout c’est un peu comme se demander à quoi ressemblerait une « internationale de mouvements nationaux populistes »… En gros partager le même idéal de fermeture, … mais transnationalement.

Génération Mobilité ou Réacs post-modernes ?

Cyril Dion c’est un peu le porte-parole d’une « Communauté Bio » en expansion. Et son docu se situe bien dans le trend de ces émissions qui font un carton, nous montrant des tribus préservées, à l’image de ces Rendez-vous en Terres inconnues. Authenticité comme vertu portée aux nues. Mot d’ordre : figeons ces tribus ou la gangrène uniformisante va les tuer ! Taisons leur envie de changement. Mais le changement n’est pas qu’une fatalité et l’évolution parfois une nécessité. Alors convoquons celle qui se présente comme notre meilleure alliée en ces temps bouleversés : l’Hybridité, la Glocalisation ! (http://leprojetcosmopolis.com/12-eloge-de-la-mobilite-et-du-batard/)

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« Demain », hymne d’une communauté en expansion et documentaire qui n’a pas fini d’inspirer. Paraît qu’il n’arrête plus de faire des petits. « Demain », échantillon d’une nouvelle mondialisation durable qui se dessine aussi dans des lieux comme Portland ou la tristement célèbre Détroit, cité dont le déclin a été retourné et a permis de libérer de la place pour un nouvel espace social. Détroit la moribonde devient laboratoire pour de nouveaux modèles de société. Le mouvement, tout le temps :-)… Enfin « Demain » clin d’oeil pour moi aussi. Ben oui, après avoir traversé moultes quartiers estampillés « bobos » ou « hipsters » dans les Villes-Monde, regarder « Demain », c’est un peu comme ajouter le discours au décor ;-).

Finalement, peu importe le nom qu’on leur colle, ces rêveurs communautaires sont des pionniers. Espérons simplement qu’ils ne figent pas une/ne s’ancrent pas en communauté exclusive, mais élargissent le mouvement. Que leur rejet du « made in ailleurs » ne scinde pas davantage une Génération Mondialisation déjà fragilisée par la « démobilisation ». Qu’à l’heure de la quête désespérée de « familles », des grands rassemblements communautaires, que les communautés « ethniques, bio, wasp, secundos ou régionales » puissent se rassembler dans un même mouvement.

Car après tout, la génération de la fluidité, de l’éphémère, c’est nous tous non ? Rompus au monde, au mouvement voulu ou subi, à la crise, à la quête d’authenticité. Bougres pleurés mais jamais à cours d’idées pour poétiser la précarité, nous avons substitué les mouvements aux partis, les projets aux CDI, les manifestations aux lieux, … Moins d’espaces, moins de temps, moins d’argent ? toujours une solution. Adeptes du co-working, des réseaux sociaux et l’économie solidaire. On conduit un Uber, créons nos propres jobs et fréquentons des auberges déjà habitées… On a substitué fluidité à précarité. Subtilement su doser entre Réseaux et Territoires. Ce qui semble poser quelque problème aux anciens en ces temps secoués où R et T se battent en duel…

Bref, pour conclure sur ce mouvement « durable » en expansion, sur l’idéologie localiste qu’incarne « Demain », une bonne nouvelle : j’ai entendu un homme politique déclamer dans un célèbre talk-show français que l’écologie est forcément un internationalisme et qu’elle ne peut pas être raciste. Tant mieux, restons vigilants à ne pas dériver vers un national-écologisme mais vers une apologie du localisme transnational(e).

:-) Vous avez demandé de l’Hybridité ? Dans les villes mondiales (http://leprojetcosmopolis.com/18-babel-eloge-a-la-ville-monde/) on se gène pas pour réinventer le futur avec le passé, pour conjuguer, pour métisser régionalisme et mondialisme. Des Villes-Monde où notre communauté de rêveurs, qui n’a de loin pas déserté les centres pour les prairies, s’amusent à innover. Allez donc faire un tour chez Bouboule à Paris (http://www.chezbouboule.fr/), lieu hybride où l’on joue à la pétanque et mange des burgers arrosés au pastis… Moi qui vous crie que la mondialisation ça peut aussi être marrant !

Médias, élections, pollution, tout ça tout ça…

Le PC joue donc les prolongations. Avec cependant quelques changements. 1. Une vision, des convictions affirmées. 2. Je me laisse moins polluer. Du moins médiatiquement. Je vois en coin ces acteurs continuer à s’agiter sur les grands plateaux de Jeu. Englués dans le temps médiatique, les récupérations politiques. Perdus, pris dans un jeu dans lequel il n’y a pas de gagnants. Echo du matin politique, écho du midi géopolitique, le soir on zapperait presque sur la téléréalité 😉 Et toujours ce décalage, on a élu des gens qui ne parlent pas nous, qui ne parlent que d’eux. Pour ça qu’une presque moitié se tourne vers ultra-nationalistes, ultra-populistes aux réponses trop faciles qui créent + de guerres et + de réfugiés, et ce faisant érigent leur propre prison ? Allez savoir…

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Ces passéistes crient « plus d’autorité, plus de pouvoir pour agir… moins de démocratie, gangrène qui les ferait forcément échouer ». Et ils se multiplient, font des petits. A quand une « internationale de nationalistes »? Le Pen, Poutine et leurs friends pourraient lancer un Réseau transnationale d’ultra Territoriaux ! Avec quoi comme crédo ? « Ok pour jamais se visiter » ou « puisqu’on est d’accord, ok pour se visiter entre nous » ou encore « la mobilité ok, mais à l’intérieur d’un bloc de démobilisation » lol ?!

Je m’arrête là. Vous retrouverez ces histoires de démondialisation idéologico-politique dans la rubrique Revue de presse, chronique d’une démobilisation (http://leprojetcosmopolis.com/category/pc-blog-le-voyage-continue/revue-de-presse/). Une démobilisation à peine dérangée par quelques lueurs. Comme l’élection d’un Justin Trudeau et ses mesures anti-sécuritaires à contre courant. Décidément, it’s true « The World needs more Canada » (http://leprojetcosmopolis.com/toronto-bienvenue-dans-cosmopolis-immersion/). Rigolez si vous voulez, mais parmi les lueurs on retrouve aussi François Hollande, certes peu adapté au monde de l’image et over piètre communiquant, mais qui même aux heures les plus sombres est resté rassembleur dans ses discours. Tenant bon sur la mondialisation et restant modéré. Et c’est bien ce qu’on lui reproche, cette hybridité « y’a pas de ligne, il change tout le temps de pieds » (NKM, ONPC, 12/03/2016). Moi ce sont ses opposants modérés que je supplie de se modérer, s’ils ne veulent pas se tirer une balle dans le pied et faire un boulevard encore plus grand à leurs adversaires populistes.

Bref, le jeu politique. Et avec 2017 en ligne de mire, on va déguster. Entendre dépeindre un monde chaotique pour assouvir des ambitions personnelles. Ca fait pas rêver. Apparemment on ne se fait pas élire sur une vision optimiste. Comme c’est triste. Moi qui croyais qu’il nous fallait des gens inspirants pour passer le cap et entrer dans cette nouvelle ère. Bref j’en viens presque à préférer suivre l’actualité sur Facebook c’est dire. Des membres y proposent des détournement hilarants, une actu souvent vue avec mordant et ironie. Lassée par les grands débats d’actualité réservés aux gens très intelligents et très angoissants, je peux toujours trouver du réconfort dans les émissions littéraires, qui même quand rattrapées par le réel, l’actualité, abordent la géopolitique autrement. Ainsi le plateau du 24 avril d’Au Fil de la Nuit (https://www.tf1.fr/tf1/au-field-de-la-nuit)était constitué d’invités français parlant de la richesse de leurs racines. Des êtres métissés qui m’ont fait voyager en Bulgarie, en Algérie, en Pologne, en Russie, …

En même temps, pas besoin des médias pour sentir la température du Moment. On débat souvent avec des amis, dont un bon nombre ne sont pas convaincus par le postulat du PC. Pour eux, le degré de mondialisation frise l’écoeurement. Ils parlent de mondialisation économique. Si on raisonne en terme idéologique, moi je pense qu’il est grandement temps d’ouvrir les yeux. Dans un temps pas si lointain, on assistait au sacre de Barack Obama, héros postmoderne (http://leprojetcosmopolis.com/13-portrait-barack-obama-devenir-metis/). Huit ans plus tard, on assiste à la fascination morbide pour une campagne électorale US qui révèle un Donald Trump en passe de s’imposer à la tête du monde.

J’entends aussi l’autre bord, ceux qui traitent Trump de vieux fou mais qui au fond partagent ses idées. Ainsi ce vieux monsieur qui confond univers médiatique anxiogène et réalité. Il n’est pas sorti depuis plusieurs années, se réjouit de s’en aller pour quitter ce monde chaotique, et affiche un mépris haineux face à mon optimisme, m’opposant que je ne suis qu’une intello privilégiée qui ne sait rien de rien. Ignorance revendiquée si c’est pour finir si amer. Je tente en vain de lui parler du vrai monde, dehors, il ne veut rien entendre. Alors je m’interroge. Comment un homme parti de rien et qui à son modeste niveau a bâti un mini-empire, engendré ribambelle d’enfants, qui petit garçon tapait sa professeure parce que cette dernière ne parlait pas sa langue, la langue de l’étranger, peut-il désormais partager ces idées ? Comment un homme qui a choisi le passeport suisse uniquement pour faire des affaires peut-il vomir sur le libéralisme économique et soutenir que l’ouverture mondiale, nul n’en a profité ? Comment un homme qui a eu honte de ses origines toute sa vie à cause des ravages de la guerre peut-il penser que le protectionnisme est la panacée ? Enfin comment un homme qui a souffert du racisme et des préjugés blessants peut-il confondre Daesch et musulmans ? Alors ok moi je ne sais rien, mais je vis, dehors, et ça se passe plutôt bien…

« Signé Genève »

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« Démobilisation » générale ou plusieurs échelles, plusieurs niveaux de lecture ? Voilà en gros l’analyse d’un ami qui désavoue mon constat démobilisation. Niveau ouverture, peut-être que le monde va mal, mais Genève, Ville-Monde, elle, se porte bien. Genève, ma ville d’élection, qui voit les partis populistes reculer et expose fièrement « sa gueule » métissée dans une exposition. Alors ok, penser l’état du monde localement, penser « glocalement« , pourquoi pas. Je veux bien adhérer.

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En fait, à droite ou à gauche toute même constat. Mais en ce qui concerne mes amis socialistes pour qui la première urgence est de renverser le capitalisme, j’ai envie de leur crier : Oui à l’alter-mondialisme, non non non à l’anti-mondialisme ! Force est de constater que la démobilisation, la peur du mouvement a désormais atteint la jeunesse, à différents degrés et selon différentes sensibilités. Et je ne suis pas assez naïve pour penser que la Génération Mondialisation constituerait une sorte d’entité pro-mouvement. Entre ces connaissances de gauche libéraux politiquement et pro-ouverture mais pour davantage d’État et anti-libéraux économiques ; ces connaissances Bio au mode de vie international mais ne jurant que par le local et fans des circuits courts; ces connaissances Secundos en lutte identitaire, et toute cette jeunesse périphérisée qui ne jure plus qu’en la nation. Au final, socialistes, localistes, nationalistes disent tous la même chose mais différemment. Stop au mouvement.

Quant à moi, qu’on me dise pourquoi mondialisation et nations devraient forcément être en opposition ? Tout est question d’équilibre entre Territoire et Réseau. C’est un peu comme la cuisine, suffit de trouver la bonne chimie… On l’a peu mis en avant, mais Barack Obama fut à la fois le grand défenseur des accords TAFTA et l’un des présidents les plus interventionnistes, s’opposant à un nombre substantiel de fusions-acquisitions de firmes transnationales. En fait, en défendant la nation on défend la mondialisation et vice-versa. On ne les oppose pas, on les marie en leur laissant une part d’autonomie.

Sacre de l’Identité et ethnicisation des rapports sociaux

Quoi qu’il en soit, l’envie de révision de la mondialisation, elle porte d’abord sur l’Identité. 2001 a précédé 2008, « le choc des civilisations » la débâcle de l’économie mondialisée. Et le « huntingtonisme » (http://leprojetcosmopolis.com/4-arjun-appadurai-vs-samuel-huntington/) a depuis gangréné la société mondiale en gestation.

Avant pour cerner quelqu’un on lui demandait d’abord ce qu’il faisait dans la vie. Voilà principalement ce par quoi on était d’abord défini. Désormais le « tu viens d’où? » l’aurait presque supplanté. Si le premier peut en dire long parce qu’il renseigne sur un parcours, des choix, parfois la deuxième option ne dit rien sur soi. Sur un héritage peut-être. On parle du sang, de la lignée, pas du sol. Mais y’a pléthore de « bâtards » qui se fichent de ces questions-là.

Ainsi j’ai été amenée à fréquemment observer cette progression de l’ethnicisation des rapports sociaux dans mon quotidien. Un « T’es originaire d’où? » balancé d’entrée lors d’une rencontre fortuite dans un café. Ben, … je je sais pas je suis là… Ce mode de connaissance classe d’emblée les gens en deux catégories : ici / pas d’ici. En gros il divise des gens qui concrètement se trouvent à priori au même endroit. On parle même plus de nationalité là. Carrément d’origine. Pour la petite anecdote, j’ai rencontré un Genevois ghanéen à un festival l’été dernier. On discute un peu, assez vite il me demande « si je suis d’ici ». Je finis par lui retourner poliment la question. Alors il me dit « voilà c’est parce que j’ai l’air africain que tu penses que je suis pas d’ici, peut-être clandestin, ce genre de choses ». Moi je lui qu’honnêtement ne m’était pas venue l’idée de me lancer sur ce terrain, mais lui ai simplement retourné sa question. Il a admis et bien rigolé. La glace était brisée. Une autre fois, j’ai accompagné la sortie d’anniversaire d’un garçon de onze ans. L’occasion d’être frappée par cette ribambelle de rejetons appliqués à faire l’inventaire de leurs origines, et semblant se demander, un peu perdus, qui ils étaient. « Moi je suis Américain-Vietnamien », « moi Marocain-Italien », « moi Portugais-Suisse », etc. J’ai saisi la balle au bond en complétant le « moi je suis… » du suivant par un « Ben t’es genevois quoi » ;-). Ma proposition d’identification a emporté une large adhésion. Ils n’y avaient pas pensé…

Démondialisation idéologique

Ces observations de « terrain » ne sont finalement que le prolongement, le miroir, de cette démondialisation idéologique qui agite la politique et les médias. La question de l’identité devient extrêmement sensible dans des débats aussi stériles que divisant. Face à un Territoire de plus en plus « national », le Réseau transnational suscite l’opprobre. Le commerce international aurait vocation lui aussi à répondre à une certaine loyauté laïcitaire. L’exemple emblématique de ces derniers mois fut le tollé provoqué par des grandes marques de prêt-à-porter, qui s’adaptant à nos sociétés multiculturelles, ont proposé des vêtements adaptés à la culture musulmane. Un événement tout sauf anodin. Des gens qui se déchirent sur les plateaux télé, une polémique jusque dans les plus hautes sphères de l’État français. On fustige ces marques nauséabondes qui placent le mercantilisme au-dessus du patriotisme. On devrait peut-être saluer un commerce qui lui au moins n’a pour l’instant pas de « nationalité nationaliste ». On se calme, tout va bien. La coquetterie reste une valeur partagée…

Majorité ? Minorité majoritaire ?

Je ne saurais dire s’ils constituent une des minorités du nouveau puzzle social mondialisé ou encore la majorité. Quoi qu’il en soit, subsiste encore cette large tranche de la société civile qui vit dans ce monde-ci (futur ancien monde ?). Vous savez, la société engendrée par la mondialisation, qui tente de « faire carrière » et invoque constamment la possibilité, l’envie de partir pour d’autres terres plus chaleureuses, plus « communautaires », tout en reconnaissant ses fortes attaches ici. Des citoyens qui ne se reconnaissent encore dans aucune des communautés post-modernes, ni bobos, ni ethnos, ni nationalos, et qui continuent à se situer dans un monde en mouvement, à dire sans arrière-pensée « l’anglais c’est juste indispensable aujourd’hui ». Bref, ceux qui ne remettent pas en cause leur réalité mondialisée…

Que sont-il devenus ? Retour sur les « stars » de l’année médiatique & géopolitique 2015

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Une autre frange de la population mondiale qui ne remet pas non plus en cause le Mouvement mais qui est elle nettement moins privilégiée sont ceux qu’on appelle désormais communément les « migrants » et qui se rappellent régulièrement à nous, bien que l’hystérie 2015 soit passée. Quelques uns semblent prêts à les accueillir et scandent un « Refugees Welcome », d’autres à les défendre comme les stars G. Clooney ou A. Jolie, dont les mots restent inaudibles, trop privilégiés pour être légitimes. D’une manière générale, on continue à rejeter ces demandeurs d’asile, considérés comme des migrants du Territoire, parce que se déplaçant en familles, ils auraient forcément vocation à s’ancrer. Ils viennent pour la plupart de Syrie, sont pour la plupart musulmans et même pas miséreux. Des enfants, des sous et une éducation. Ils ne sont même pas authentiquement en détresse ! Pire, ils rêvent, croient en des sociétés dans lesquelles le cynisme est devenu valeur suprême…

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J’ai signé cette pétition pour que la Suisse accueille 50’000 réfugiés syriens. En accueillant tous un peu, on stoppe les images d’invasion, donc la surfocalisation, l’instrumentalisation et la récupération, les filières criminelles. Analyse simple : un pays en guerre, des gens pris en étau entre État terrorisant et réseaux terroristes. Si comme eux, on ne souscrit ni à l’un et ne sommes pas uniquement dans la réaction émotionnelle aux actions des autres, soutenons-les. Or nous simples citoyens sommes pollués par la vision du « all or nothing » : abandonner à la mort ou accorder à vie la nationalité. Voie hybride ? Dans un premier temps déjà simplement protéger. Point. Plus de discours, plus de théorie, de l’action.

Nous simples citoyens sommés d’arbitrer là où il n’y a en fait que la géopolitique qui décide. Pour preuve le récent accord signé entre Europe et Turquie et qui a sensiblement diminuer les flux. Illusion. Dans un monde où les États se durcissent, c’est clair que les réfugiés ne sont pas prêts de pouvoir rentrer. Au final, à nous de donner la mesure à nos États. En regardant le film « Promised Land » l’autre jour, je me demandais comment nos sociétés pouvaient à la fois souscrire de plus en plus au localisme, à l’attachement à la terre, aux valeurs simples et à la communauté, et en même temps penser que le monde entier rêverait chez nous de rester… En tout cas, y’en a un qui aux côtés de feu Samuel Huntington et son choc des civilisations doit regretter ses mots, c’est Michel Rocard et sa tristement célèbre phrase sur la potentielle invasion planétaire de la misère dans nos contrées glacées… Heureusement, pendant que la nation, trop occupée à s’interroger sur son identité, ne fait rien, y’a des Villes-Monde qui agissent, comme la Mairie de Paris en ouvrant ses propres centres pour accueillir des réfugiés.

La règle des « Deux Maisons »

On s’arrête là pour ce printemps. La Gazette reviendra cet été. En attendant j’ai à faire pour retrouver une deuxième maison dans ma région d’origine et compléter ma maison de la mondialisation. Je cherche ma terre d’été du côté des campings, lieux éphémères, communautés éphémères, ancrage limité… On aura l’occasion d’en reparler…

Mais au fait, c’est quoi la règle des deux maisons ? C’est ma maxime de réconciliation –> pour vivre heureux, doublons nos lieux 😉 et … nos identités.

L’identité ? Un concept en mouvement… :-)

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Matisyahu, le rabbin chanteur devenu rabbin hipster, devenu juste chanteur…Trois stades identitaires… (telescoop.tv/browse/1563498/4/l-effet-papillon.html)

 

 

 

 

 

 

 

Americanah. De Dreamers à Returnees

Americanah

« As teenagers in a Lagos secondary school, Ifemelu and Obinze fall in love. Their Nigeria is under military dictatorship, and people are leaving the country if they can. Ifemelu departs for America to study. She suffers defeats and achieves triumphs, all the while feeling the weight of something she never thought of back home : race. Obinze had hoped to join her, but post-9/11 America will not let him in, and he plunges into undocumented life in Britain.

Years later, Obinze is wealthy in a newly democratic Nigeria, while Ifemelu has achieved success as a writer of an eye-opening blog about race in America. When Ifemelu decides to return home, she and Obinze will face the hardest decision of their lives. » (Fourth Estate)

Ifemelu – Obinze. Parcours migratoires parallèles

Americanah, qualificatif donné aux « Returnees », rentrant au Nigéria enveloppés d’une aura glamour après un séjour dans la mythique Amérique ou autres terres de l’Ouest. And so Ifemelu had made it in America, l’Amérique tant fantasmée d’Obinze, son amour de jeunesse, qui connaîtra lui une toute autre fortune sur la terre de Shakespeare. Alors qu’Ifemelu revient successful, une carte verte dans son bagage à main et rejoint le club très sélect des cosmopolitan Nigerian, Obinze regagne Mother Land déporté et menotté, mais avec sa dignité.

Dans Americanah, il est question de construction et de parcours identitaires dans la mobilité, avec leur galerie de masques, emprunts, synthèses et inspirations. Dans Americanah, il est beaucoup question d’accents et de cheveux, qu’on imite puis qu’on arrête d’imiter, qu’on repasse puis qu’on finit par assumer. Dans ce roman, il est question de Dieu aussi, et de tous ceux qui mènent des vies de bien sous l’oeil bienveillant d’une main invisible ayant apparemment décidé que rien n’était destiné à bouger…

Enfin dans Americanah il est question d’Amérique, d’Angleterre et de Nigeria. De races américaines, de classes anglaises et de clientélisme nigérien. En somme de tribus…

Départ parmi la jeunesse nigériane

Nigerians get around, they have too, they are too many, not enough space                    Gouvernement militaire                      

The longing for Europe, de l’image que les Nigérians s’en font       « American passport the coolest thing »      

N’émigrent plus seulement en Amérique, mais in South Africa, everywhere, lots of « checking out »             

Mentir pour obtenir un visa                Mobilité entravée : peur du terrorisme, peur des pauvres                  Mythologie de l’ailleurs entretenue par les expatriés

Focus sur Ifemelu – Premiers pas en Amérique

Dépression           N’envoie pas d’argent en Afrique, en reçoit

Embrasser une autre identité pour s’en sortir, emprunter somebody else Social Security Card pour travailler.

Découvre : les oranges sans pépins, que « race is class »

Sa boss Kimberly loves les « multicultural names« …          

Entend parler de l’Afrique à travers les safaris, les guerres, les oeuvres caritatives….            

Explique à sa boss que « Not every black people is beautiful » (147)  

Home begins to seem a distant place…

Easier for her to become friends with other international students than with Americans, and white and black.

Retrouve sa tante aux 3 jobs + diplôme US en cours, désillusionnée et endurcie. Qui pense « everybody is conflicted, identity this, identity that« , ainsi de son fils, qui tentera de lui le crier de la plus radicale des manières…

Entame une investigation sur sa terre d’adoption et découvre les trois America’s tribalisms : race, ideology, region.   

Lancée dans ses recherches, Ifemelu se lance  dans un blog pour Understand America for a non-American Black.

Après trois ans « She had won« , « Sounds totally American« … Mais… it is not her, alors elle stop faking the American accent.

Relationship One and Identity – Le républicain « aristo » Curt

Curt, le wealthy white et son monde léger, facile, un monde de coton, un monde qui ouvre les portes.

Avec Curt, Ifemelu has a « new self« , « slipped out of her old skin« .

Pour lui obtenir ses papiers, Curt « makes some calls » et « avoids the tunnel of immigration paperwork« .

Environnement familial politique de Curt : des républicains anti-welfare mais pro-civil rights.

Ifemelu : « And would you like to know what kind of Republican I am ?« 

La mère de Curt tolère les aventures « exotiques » de sa descendance, persuadée qu’il se casera dans sa caste.

A un moment, Ifemelu « no longer knew who she had been before Curt« .

Ifemelu et Curt : « A tribe loss« .

Ifemelu découvre HapilyKinkyNappy.com, site pour cheveux afros, nouvelle étape symbolique dans sa construction identitaire.

Relationship Two and Identity – Le démocrate « organic » Blaine

Profil de Blaine : Afro-Américain académicien accompli, intellectuel et vegan, mais pas dupe sur la condition des Afro-Américains en Amérique. Environnement : monde académique libéral.

Ifemelu ne comprend pas le snobisme de Blaine et ses academic friends et plonge dubitative dans la communauté bio occidentale (elle rentrera au Nigeria un peu organic eater/eager too…), découvre ce nouveau mouvement des classes privilégiées « who drink milk straight from the cow« .

Et puis aussi elle se demande « What is a condo anyway ? » (un micro post-modern flat dont elle fera bientôt l’acquisition grâce au succès de son blog et de ses conférences…).

La rendent perplexe : la querelle avec les malls (les trouve avenants dans leur similitude), le grunge (soit le fait de « looking shabby cause you could afford not to be…« ), elle doesn’t like soul food et préfère les « cheap chocolate bars » aux « organic one« .

Le crew de Blaine est : anti-capitalist, anti-mondialiste, anti-sucre, geek, et considèrent que « conservative is the worst insult« . Crew post-moderne aussi, dont l’amie Korean American who thaught African American studies est un emblématique membre.

Pour Blaine « the world can be like the room where they all gather, equal« , mais Ifemelu découvre que le crew libéral peut à l’occasion se révéler « libéral-nationaliste » : la critique US leur est réservée, reste mal venue de la part des ajoutés.

Ifemelu décroche a research fellowship à Princetown.

Rencontre Boubacar, avec lequel elle partage quelque chose de « primally African« , une fraternité, des curry indiens et des sandwiches nord-africains.

Se sent coupable devant le mépris qu’elle affiche face à la candeur qu’affichent ses parents en visite, et leur six months visa.

Ifemelu, Blaine, Obama et races in America

En Amérique, Ifemelu découvre qu’elle est noire, et sa signification dans une Amérique qui se veut post-moderne et color-blind : si le noir ne doit plus être une couleur, il reste bien un manque, un déficit de pouvoir. Car si both Blacks and Whites may be racist, seuls les blancs ont le pouvoir de discriminer.

Elle découvre aussi all the issues of the Africans Americans.

La voie autorisée ? Humour, subtility, nuance, no bitterness, not overreact, sous risque d’être catégorisé « angry black ».

La colère est interdite, soit, Blaine est en colère; Ifemelu ne l’est pas assez, Ifemelu est dans l’observation. Blaine est African American, Ifemelu est American African.

Blaine, l’African American qui envie Ifemelu l’American African, because it « must be good to know where you’re from« .

Reste qu’Ifemelu n’est pas dupe non plus. Even if she wishes it was not, race remains an issue, et le nier n’aide qu’à keep »their nice liberal friends comfortable« 

 » (…) it’s not about you. American Blacks are not telling you that you are to blame. They are just telling you what is. (…) ask questions. (…) say you are uncomfortable about asking questions (…). It’s easy to tell when a question is coming from a good place. Then listen some more. Sometime people just want to feel heard. Here’s to possibilities of friendship and connection and understanding.« 

Elle découvre en outre que l’Amérique est la terre des « Oppression Olympics among minorities« , un pays où ses amis ont beau être Japanese American, Chinese American, …, « half-cast » reste un bad word.

Peut-être Ifemelu n’est-elle pas assez américaine, pas assez en colère, pas assez concernée, en tout cas elle déçoit Blaine lorsqu’elle snobe une manifestation anti-racisme, grand moment de communion progressiste, which was « like a mini-America« .

Heureusement, la campagne présidentielle va transcender leurs différences, unis par le Obama’s hope, puissant ciment de leur couple. Obama, a shared passion.

Leurs coeurs et espoirs battent à l’unisson pour ce candidat qui n’est pas métis mais black, because « your race is decided for you« …

Rien ne semble pouvoir entamer leur enthousiasme, pas même son speech un peu consensuel sur la race, certains que leur héros se montre pragmatique pour se faire élire, ensuite il agira.

Election Day : pour Ifemelu, « Nothing was more beautiful than America« .

Back home

« Her blog was doing well, with thousands of unique visitors each month, and she was earning good speaking fees, and she had a fellowship at Princetown and a relationship with Blaine (…) and yet there was cement in her soul. It had been there for a while (…). It brought with it amourphous longings, shapeless desires, brief imaginary glints of other lives she could be living, that over the months melded into a piercing homesickness. She scoured Nigerian websites, Nigerian profiles on Facebook, Nigerian blogs, and each click brought yet another story of a young person who had recently moved back home, clothed in American or British degrees, to start an investment company, a music production business, a fashion label, a magazine, a fast-food franchise. She looked at photographs (…) and felt the dull ache of loss, as though they have (…) taken something of hers. There were living her life. Nigeria became where she was supposed to be, the only place she could sink her roots in without the constant urge to tug them out and shake off the soil. And, of course, there was also Obinze. Her first love. » (6)

Rentrer au Nigéria « Why ??? » clament en coeur ses interlocuteurs. Pas de certitude. De la complexité.

She was « chasing something she could not articulate clearly, even to herself« .

Un sentiment : doesn’t want kids in America.

Et puis cette injonction « Lagos is full of American returnees, so you better come back and join them » (14)

Ses parents affirment qu’elle couldn’t cope with Nigeria… Et toujours le doute, qui subsiste : What if ? Avec ses papiers, elle pourra toujours revenir. Car si elle évite le sacrilège des immigrants ne demandant jamais aux immigrants comment ils ont obtenu leurs papiers, elle n’en est plus une, d’immigrante. Elle est américaine, ce qui la différencie de ses congénères, qui peuvent eventually send money home, but can’t go when their parents die, because of papers…

Avant son départ, on retrouve Ifemelu mangeant une bar organique dans un salon de tresses africain (les cheveux, toujours), et même si elle ne share plus vraiment leur Africanness, their « tribe thing », même si elle semble avoir « lost her way« , pour celles qui contribuent à affirmer capilairement son identité désormais hybride et assumée, she is « still a sister« .

Avant de la retrouver à Lagos, petit résumé du parcours géographique d’Ifemelu : NYC, Philadelphia, New Haven, Princetown.

Focus sur Obinze : The Zed invisible dans Londres…

Obinze, débarqué à Londres grâce à un petit arrangement avec la vérité, se retrouve rapidement sans papiers.

Rapidement aussi, il cesse de contacter sa mère, à qui il n’a rien à raconter.

Dans l’illégalité, Obinze le caïd, The Zed, devient le paria, l’invisible, la peur au ventre.

A Londres il ne découvre pas la grande solidarité communautaire.

Il découvre en revanche des gens du pays qui s’évitent pour se réinventer.

En fait, « London is a leveller« , ils sont tous les mêmes dans cette cité où il se lie avec ceux qu’il n’aurait jamais fréquenter au Nigéria. Et parmi les compatriotes, il y a l’ancien paria de l’école qui désormais peint le pays comme une jungle à sa très blanche English wife et pense que quelque chose est beau parce qu’il a été fait main par des pauvres…

Obinze découvre bientôt d’autres réseaux pas très solidaires ceux-ci, et le business des faux permis. Pour survivre, Obinze devient Vincent, ce qui lui coûtera 35% de ses revenus…

Désormais déménageur, c’est à la librairie qu’il se réfugie pour redevenir Obinze, retrouver une part de lui.

Le climat est tendu dans cette Angleterre qui panique vis-à-vis des requérants et où il est mis face à la prolifération des articles sur l’immigration. Dans ce présent qui semble déconnecté du passé, le regard d’Obinze commence à changer lui aussi vis-à-vis de ces Nigérians qu’il croise dans le métro.

Si Ifemelu a découvert que l’Amérique a ses races, Obinze comprend lui que l’Angleterre elle a ses classes.

Dans les discours,Obinze entend l’incompréhension pour ceux qui comme lui s’en vont simplement. Même les bouches les plus humanistes tolèrent du bout des lèvres le refuge pour ceux fuyant d’horribles guerres. Aucun salut en revanche pour ceux ayant l’indécence de rêver. Ceux-là sont accusés de trahir leur patrie, de manquer à leurs responsabilités.

« (…) all understood the fleeing from war, from the kind of poverty that crushed human souls, but they would not understand the need to escape from the oppressive lethargy of choicelessness. The would not understand why people like him, who were raised well-fed and watered but mired in dissatisfaction, conditioned from birth to look towards somewhere else, eternally convinced that real lives happened in that somewhere else, were now resolved to do dangerous things, illegal things, so as to leave, none of them starving, or raped, or from burned villages, but merely hungry for choice and certainty.« 

Pour résumer son aventure anglaise, Obinze sera dénoncé par deux fois, épuisant les deux solutions à sa portée : faux papiers, mariage arrangé. Finalement déporté, il n’agira pas comme ceux qui à peine rentrés décident de retenter. Obinze a quelque chose de précieux à perdre, et qu’il compte bien conserver : sa dignité.

… Triomphal à Lagos

Back au Nigéria, devenu riche homme d’affaires à Lagos, Obinze offre un job à son ancien collègue anglais Nigel, qui émigre à son tour, à Lagos, et dont la relation avec sa cité d’élection ira de « Lagos has so much flavor » à une longue plainte sur son infernal traffic.

Obinze est désormais un homme bien marié, avec « a kid who say amen« , très concernée par les questions de responsabilité et de culpabilité… Une épouse aidée par la mentalité des potes d’Obinze pour lesquels épouser la femme qu’on aime relève du « white people behaviour« .

Au Nigéria, Obinze redécouvre les tribus et leur racisme mutuel… Un racisme de classes, un racisme social, car selon lui « The wealthy don’t really care about tribe. But the lower you go, the more tribe matters. » (467)

Peut-être tout est-il toujours question de compte en banque et désormais Obinze obtient des visas très facilement avec le sien… Et fait ce que les riches des villes sont supposés faire, payer les frais de scolarités des enfants des villages.

Si l’Amérique a ses races, l’Angleterre ses classes, le Nigéria lui a son clientélisme. Un clientélisme encore ancré, malgré le changement de régime. Si Obinze entend les nombreuses critiques émises à l’encontre du Gouvernement, argent volé, contrats pas remplis, etc., il se montre en revanche plus tolérant. Difficile d’être clean quand « everything is set up for you to steal. » (468)

Dans ce nouveau Nigéria, les spéculateurs sont partout, de même que les pétroliers venus chasser l’argent au pays et installant femme et enfants en Angleterre. Mais faut-il pour autant cracher sur les compagnies ?

Ifemelu : discovering new Lagos

She’s back ! Part of those « manic optimism Returnees« , who live in a cartoon and like to show how « wordly they are« .

She is back. Surprised by everything, feeling unbearable emotions, beautiful sadness… She has done it.

Retrouve l’humidité, le son du générateur, le trafic.

Découvre une new Lagos avec cette nouvelle épidémie : les « Events ». Lagos et sa new middle class engendrée par la démocratie, avec ses so much investments, markets to take. Lagos, cette « transactional city« , ville chère où les riches Nigérians dépensent beaucoup, capitale d’un État considéré comme a « high-risk country » où les lieux d’affaires renforcent leur sécurité. Lagos, une ville où l’on est « Thieves or Beggars« .

Ifemelu se sent grateful to have the choice. Si elle échoue à se réintégrer, she could always leave.

Mais elle n’aura éventuellement pas à avoir recours à son sésame de retour, eu égard à son nouveau statut « d’Américaine », de Returnee, qui lui ouvre nombre de portes. Elle décroche facilement un job parce que considérée comme a « real American », donc bosseuse. Pas de difficulté non plus pour l’appart, les landlords préférant les expatriate renters aux locaux…

Oui, Ifemelu fait désormais partie des Returnees, avec leur statut, leur chauffeur, le « spirit of America over her head« . Ce spirit, pas la seule chose qu’elle a ramené dans ses bagages, alourdis d’une dose de snobisme, car Ifemelu est désormais une « confident person who recognizes kitsch« .

Elle fréquente donc naturellement le Nigerpolitan Club, avec lequel elle partage les mêmes références. Elle va aux brunchs, despise Nollywood et ce qu’elle miss désormais… a descent vegetarian place !

Oui Ifemelu juge, un peu, elle (à qui on fait quand même remarquer qu’elle a obtenu ses papiers grâce à son white guy) juge ses copines dont les vies sont définies par les hommes, dont le sujet préféré est le mariage, qui épousent « the man who can best maintain you », elle juge les « Madames » qu’elle visite pour ses articles dans leur giant marble houses et qui paient pour cette publicité.

Elle juge et « moan » un peu aussi.  Elle n’échappe pas à l’arrogance des Returnees, de retour to make money, start businesses, changer le pays, se plaignant de tout ce que le Nigeria n’est pas… Mais Lagos n’est pas New York, Lagos est juste ce qu’elle est, assortie, et Ifemelu de méditer sur la propre logique hybride des lieux : «  and so get over yourselves and realize that the way of life here is just that, assorted. A nation of people who eat beef and chicken and cowskin and intestines and dried fish in a single bowl.«  (421). 

The futur of Lagos : uniformisation and « High hell shoes life » ?

Ifemelu assiste avec une pointe de nostalgie à la disparition progressive de la Lagos populaire, à la destruction des « hawkers’ shacks« , à l’uniformisation de la cité.

Elle voit se répandre le mode de vie des « High hell shoes » et s’interroge quant à l’avenir de sa ville et sa perte d’authenticité programmée… Evolution inéluctable des grandes cités mondialisées ?

Mais si « There are many different ways to be poor in the world but increasingly there seems to be one single way to be rich » (469), il subsiste une différence conséquente qui sépare le Nigéria des vieilles terres de l’Ouest : sa phase de croissance, son rapport au passé et à la mondialisation.

« When I started in real estate, I considered renovating old houses instead of tearing them down, but it didn’t make sense. Nigerians don’t buy houses because they’re old. A renovated two-hundred-year-old mill granary, you know, the kind of thing Europeans like. It doesn’t work here at all. But of course it makes sense because we are Third Worlders and Third Worlders are forward-looking, we like things to be new, because our best is still ahead, while in the West their best is already past and so they have to make it fetish of that past.« 

« This is our newly middle-class world. We haven’t completed the first cycle of prosperity, before going back to the begining again, to drink milk from the cow’s udder. » (444)

Sur l’auteur http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/02/05/chimamanda-ngozi-adichie-imperiale_4570126_3260.html

Revue de Presse 2016 / II. Août-décembre

France. Août. Le burkini divise la France, enfin surtout la classe politique française. Interdiction et verbalisation du burkini, tenue jugée non respectueuse de la laïcité, sur plusieurs plages françaises. Dans un climat de divisions, de parole raciste libérée, de replis communautaires. Explosion des ventes de burkini aussi, à ce qu’on lit.

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Norvège. Août. Construction d’une barrière anti-migrants dans l’Arctique. « La Norvège a entamé la construction d’une barrière à sa frontière avec la Russie dans la région de l’Arctique afin de contrôler l’arrivée de migrants qui empruntent cette voie pour rejoindre l’Europe. » (https://www.rts.ch/info/monde/7964215-la-norvege-construit-une-barriere-anti-migrants-dans-l-arctique.html)

Et pendant ce temps-là à Paris… Une quinzaine de dirigeants sociaux-démocrates européens planchent autour de François Hollande sur le sommet post-Brexit des 27 le 16 septembre à Bratislava. Le président français a lancé une mise en garde contre « la montée des populismes dont nous voyons chaque jour les conséquences et les traces à travers l’intolérance, la stigmatisation, la démagogie et surtout leur volonté de mettre en cause l’Union européenne, les valeurs européennes« . Il faut convaincre  les concitoyens que « l’Europe est une force« .

Mais pendant ce temps-là aussi… Union Européenne. Fin août. Nouveau tournant dans la bataille Réseau – Territoire. Alors qu’elle envoie un message anti-populisme aux nations, l’Union défend elle-même son intérieur, son territoire, menant bataille contre les grands acteurs du Réseau. Contribuant à amplifier l’image désastreuse du libéralisme économique, dont les excès sont en partie à l’origine de la montée des populismes… Une Europe schizophrène au message contradictoire ou une Europe qui vise à réguler pour mieux continuer ?

L’affaire : Apple, ancien mini État à l’intérieur d’un État, écope de la plus importante amende jamais infligée par l’Europe. « La Commission européenne a conclu que l’Irlande avait accordé à Apple des avantages fiscaux indus pour un montant de 13 milliards d’euros (…) L’Irlande doit maintenant récupérer les impôts impayés par Apple sur son territoire entre 2003 et 2014, à savoir 13 milliards d’euros, plus les intérêts« . Apple a jugé la décision de la Commission « néfaste sur l’investissement et l’emploi en Europe ». A la suite de la décision de la Commission européenne, l’Irlande, dont la politique économique repose sur son attractivité fiscale, a indiqué qu’elle refusait de récupérer les 14 milliards de francs. Si la somme lui permettrait de construire 100’000 logements ou de payer le budget annuel de la santé, le pays compte sur son territoire 700 entreprises américaines et 140’000 emplois liés à ces sociétés. (http://www.rts.ch/info/economie/7981044-apres-apple-en-irlande-l-ue-doit-enqueter-sur-d-autres-multinationales-.html).

31 août. Union européenne vs multinationales, suite. Après l’amende infligée à Apple par la Commission européenne en lien avec des allègements fiscaux attribués par l’Irlande, l’eurodéputé belge Philippe Lamberts a estimé que l’UE devait enquêter sur les multinationales européennes.

Et pendant ce temps-là…. France. 30 août. Un libéral prend son envol en vue de la prochaine campagne présidentielle. Emmanuel Macron et son mouvement En Marche –> https://www.en-marche.fr/en-marche/. Avènement d’une voix(e) capable de nous parler des défis post-modernes ?

Et le lendemain …. 31 août. France-UE-USA. Matthias Fekl, « l’anti-Macron » Secrétaire d’État au commerce extérieur, pourfendeur du social-libéralisme, annonce la fin des négociations sur le TAFTA (traité transatlantique de libre-échange) Climat anti-TAFTA qu’on retrouve en Allemagne, pourtant championne des exportations. Des oppositions qui s’inscrivent dans  le climat isolationniste et protectionniste qui règne dans la campagne électorale aux États-Unis. Un traité guère plus que défendu par le duo Merkel-Obama.

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Japon. Septembre. Une deuxième Miss Métis est sacrée Miss Japon. Un progrès dans ce pays ethniquement homogène, où les métis sont considérées comme des « moitiés ».

France. Septembre. Les députés français vont étudier une proposition de loi relative à la promotion des langues régionales. Les articles concernent notamment le principe de la reconnaissance de l’enseignement des langues régionales comme matière facultative, la reconnaissance de l’enseignement bilingue français-langues régionales, la promotion des langues régionales dans l’enseignement supérieur, la place et l’usage des langues régionales dans la vie publique (généralisation de la signalétique bilingue ou plurilingue dans les services publics et usage de traductions dans les principaux supports de communication institutionnelle). (http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion4096.asp)

Suisse. Septembre. Les chiffres annoncent une baisse de l’immigration.
 
Campagne présidentielle américaine. Revue de Presse mise en standby après l’éternuement d’Hillary Clinton. Quand bien même on est rompu à l’exercice, il peut s’avérer trop anxiogène. See you mi novembre…
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Dernière semaine de septembre. En bref. Nicolas Sarkozy s’empêtre dans son histoire moyenâgeuse de racines gauloises, François Hollande s’exprime en marge du sommet de l’ONU sur le populisme et la non invraisemblance d’un Trump à la tête des USA, après le Brexit, après les élections allemandes, après… Sommet où l’acteur George Clooney met l’accent sur le potentiel rôle du privé dans la crise des mouvements globaux. Tandis qu’en France, Gérard Collomb, un social-démocrate qui a fait de l’agglomération lyonnaise un grand pôle européen, soutient Emmanuel Macron, ses idées 21ème siècle et son mouvement En Marche.
Hongrie. Octobre. Échec du référendum anti-migrants de Viktor Orban. « Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a connu dimanche 2 octobre un revers électoral avec son référendum contre le plan de l’Union européenne sur l’accueil des réfugiés, qui, malgré le plébiscite du « non », est invalidé faute de participation suffisante. Ceux qui ont voté ont massivement exprimé (98,32 %) leur rejet des relocalisations de réfugiés au sein de l’UE. Mais ils n’ont pas été assez nombreux pour que le chef de l’exécutif remporte cette consultation à forte valeur symbolique. » http://www.lemonde.fr/international/article/2016/10/03/referendum-antimigrants-en-hongrie-un-echec-grave-pour-viktor-orban_5007575_3210.html
Suisse. Octobre. Face aux demandes, assouplissement restrictions politique migratoire. « Les contingents de permis de séjour pour les ressortissants extra-européens seront augmentés en 2017. Le Conseil fédéral les a fixés à 3000 permis B et 4500 permis L, soit 1000 de plus en tout. » http://www.tdg.ch/suisse/hausse-contingents-extraeuropeens/story/17754791
Suisse. Octobre. Baisse des demandes d’asile. « La baisse significative de 55.9 % du nombre de demandes d’asile par rapport à octobre 2015 est principalement liée à la fermeture de la route migratoire des Balkans en mars dernier. » https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-64450.html
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France. Fin octobre. Démantèlement de la Jungle de Calais.

USA. 9 novembre 2016. Donald Trump devient le 45ème président des États-Unis. Stupeur et incertitude sur le « Monde d’après ».

France. 17 novembre. Une éclaircie. Le mondialo-optimiste Emmanuel Macron déclare sa candidature à l’élection présidentielle française.

Monde. 17 novembre. Tournée d’adieu de Barack Obama, qui affirme, de concert avec Angela Merkel, qu’on ne reviendra pas à un monde avant mondialisation.

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 » Au lendemain d’un discours en forme de testament politique à Athènes, où il a livré un plaidoyer pour la démocratie et une mondialisation socialement plus juste (,,,) Prenant à revers le discours anti-mondialisation de son successeur désigné, Barack Obama et Angela Merkel ont envoyé un signal dans une tribune commune. (…) Ils y défendent le lien transatlantique et le libre-échange, alors que Donald Trump est tenté par le protectionnisme et l’isolationnisme. « Il n’y aura pas de retour au monde d’avant la mondialisation », y soulignent-ils, « nous sommes plus forts en travaillant ensemble. » http://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/obama-fait-ses-adieux-a-merkel-et-lui-passe-le-flambeau/

Lien http://leprojetcosmopolis.com/13-portrait-barack-obama-devenir-metis/

Genève. Décembre. « Signature du Projet de territoire Grand Genève 2016-2030, pour une Agglomération franco-valdo-genevoise à vivre et à construire »  http://www.grand-geneve.org/actualites/signature-du-projet-de-territoire-grand-geneve-2016-2030-pour-une-agglomeration-franco

Suisse. 16 décembre. Adoption de la loi d’application à minima de l‘initiative de l’UDC du 9 février 2014 contre l’immigration de masse. « La voie qui octroie une priorité aux demandeurs d’emploi indigènes a été approuvée vendredi par les Chambres. Mais cet aboutissement divise, et même certains de ses partisans parlent de « compromis urgent et minimaliste ». L’UDC, quant à elle, dénonce un « déni de démocratie ». » https://www.rts.ch/info/suisse/8246867-la-loi-d-application-de-l-initiative-contre-l-immigration-de-masse-adoptee.html

DSC_6698Bilan médiatique de l’année 2016. Pour une majorité des observateurs médiatiques, l’année 2016 peut se résumer à ces quatre thèmes majeurs : Brexit, Syrie, attentats, Trump.

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Revue de Presse 2016 / I. Janv-juillet

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Quoi de neuf depuis la fin du Projet Cosmopolis (http://leprojetcosmopolis.com/la-fin-du-voyage/) ?

Bribes de Revue de presse du Monde mobile de cette première moitié d’année…

Bribes de démobilisation

Balkanisation, démobilisation du Monde et progression de l’idéologie du Territoire se sont accélérées ces derniers mois. Effets d’annonce, mesures politiques, rhétorique, sur-médiatisation des populistes préparent les consciences à la fermeture des nations, à la maison unique. Montée des partis identitaires et camouflets des centristes aux idéologies hybrides, associés à l’échec de la mondialisation ultra-libérale. Accentuation de l’ethnicisation des rapports sociaux. Apologie du localisme. Fracture qui se creuse entre régionalistes ou mondialistes et nationalistes. Projecteurs, en ces temps secoués, sur les excès de quelques gros acteurs du Réseau. Migrations, tourisme, les effets cumulés des mesures politiques et des attentats terroristes atteignent tous les types de mobilité. Les portes restent bloqués aux uns, la peur retient les autres de la franchir. Le monde se dilate…

L’accélération de la  démobilisation, un mouvement qui mobilise désormais de manière constante l’actualité. Petit florilège, avec ou sans sous-texte…

Fin 2015 – 2016

  • France. Fin septembre 2015. Nadine Morano l’affirme, s’agissant de son pays « Nous sommes un pays judéo-chrétien… de race blanche ! » (On n’est pas couché, France 2, 26 septembre 2015).
  • Europe / monde. Fin 2015. « Affaire » Volkswagen. Volkswagen, une multinationale de l’européiste et mondialiste Allemagne, discréditée.
  • France. Victoire des nationalistes aux régionales de décembre 2015. En Corse, le parti « Per a Corsica » (Pour la Corse), pour une « nation corse » plus autonome, l’emporte nettement. Une victoire couronnée par un discours qui sera prononcé en Corse à l’Assemblée. Défi lancé par la nation corse à l’État français. Suivront des heurts xénophobes et islamophobes, puis des heurts entre supporters, étudiants et forces de l’ordre en mars. (http://www.lemonde.fr/corse/article/2016/02/18/beaucoup-de-corses-partagent-l-impression-d-etre-denigres-systematiquement-par-l-etat_4867867_1616678.html)
  • Pologne. Janvier. Entrée en vigueur de la controversée loi sur les médias publics du gouvernement conservateur désormais au pouvoir. Signée par le président conservateur polonais, Andrzej Duda, et adoptée fin décembre par les deux chambres du Parlement, dominées par les conservateurs du parti de Jaroslaw Kaczynski, Prawo i Sprawiedliwość (PiS – « Droit et justice »).

DSC_6549Suivront des manifestations initiées par le KOD, mouvement spontané, Comité de défense de la démocratie. Le président qualifiera les manifestants pour la démocratie de « mauvaise espèce ». Les pro-démocraties dénoncent une chasse aux sorcières, une chape de plomb. Des événements qui s’inscrivent dans le glissement vers la fermeture de la Pologne.

  • France. Le livre programme d’un des favoris à la présidentielle de 2017 s’intitule « Pour un État fort ». « Alain Juppé expose ses valeurs, sa conception de l’État, la nécessité de le recentrer sur ses missions premières et ouvre un débat essentiel. (…) Il présente une série de propositions pour redonner à l’État force et autorité pour accomplir ses missions. » (http://www.editions-jclattes.fr/pour-un-etat-fort-9782709656153)
  • Danemark. Projet de loi sur l’immigration adopté à une écrasante majorité. Objectif : dissuader les candidats à l’immigration. Parmi les propositions : la confiscation d’une partie des biens des migrants politiques en quête d’asile.
  • Autriche. Le gouvernement annonce sa volonté de diviser par deux le nombre de demandeurs d’asile.
  • Suisse. Proposition d’envoyer l’armée aux frontières pour gérer / bloquer un afflux de migrants.
  • Et pendant ce temps-là dans une terre d’accueil à contre-courant… l’Allemagne continue d’accueillir des réfugiés, principalement syriens, dont le chiffre atteindra un million sur l’année 2015.

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  • Novembre 2015. Et pendant ce temps-là dans la patrie de la Cosmopolis…

Une éclaircie. 97Justin Trudeau devient Premier ministre du Canada. Justin Trudeau dont la vision et les mesures vont à rebours du trend de fermeture.

(Lien : http://leprojetcosmopolis.com/toronto-bienvenue-dans-cosmopolis-immersion/)

 

  • Suisse. 28 février 2016. … Et dans une patrie revenue des effets d’annonce populistes… Surprise. Rejet à presque 60% de l’initiative de mise en oeuvre de l’UDC pour l’expulsion des criminels étrangers, jugée contraire aux droits fondamentaux.
  • Europe Mars. Fermeture de la Route des Balkans

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  • Allemagne. Février. Le parti populiste Afd (Alternative pour l’Allemagne) suggère de faire feu sur les migrants pour les empêcher d’entrer.
  • Février. Et pendant ce temps là dans un pays touché lui aussi par la crise… Le Portugal veut accueillir davantage de migrants de la démondialisation pour compenser le vide laissé dans ses régions par la mondialisation. (Lien : http://leprojetcosmopolis.com/15-portrait-sumus-ombres/)
  • Mars. Accord UE – Turquie pour contenir et renvoyer le flux de migrants.
  • Mars. Pour protester contre l’accord UE – Turquie, HCR et MSR se retirent des hotspots grecs, devenant désormais des centres de détention.
  • France. Mars. Polémique autour des vêtements islamistes créés par des marques occidentales. Récupération en mode nationaliste – choc des civilisations. Réaction dans les hautes sphères politiques. Dénonciation du mercantilisme. Aah ce marché qui n’a ni ethnie, ni religion, ni nationalité !
  • Avril. Monde. Scandale des « Panama Papers« . Au-delà du caractère illégal ou non de leurs actions, le crime de ces sociétés ? Être « offshore« , soit « hors territoire »… national. François Hollande lui-même reconnaît que ce scandale est bon pour l’État… Après les hommes, les capitaux eux aussi ont vocation à rester à la maison. Dénonciation des flux et citoyen petit à petit conduit à percevoir le/s mouvement/s comme une trahison.

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  • Autriche. Avril. L’extrême-droite est en tête au premier tour des élections présidentielles. Les partis traditionnels du centre, socio-démocrates et conservateurs sont éliminés au premier tour.
  • France. Marine Le Pen progresse dans les sondages pour l’élection présidentielle de 2017.
  • Mai. GB. Et pendant ce temps-là dans une Ville-Monde…. Dans le monde authentique des êtres hybrides et complexes…. Sadiq Khan est élu maire de Londres. Un maire qui entre toutes les autres facettes de son identité, est de confession musulmane. Et qui est surtout libéral politiquement.
  • Mai. Israël. L’ultra nationaliste Avigdor Lieberman entre dans le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Israël se dirige vers le gouvernement le plus à droite de son histoire.
  • Mai. Autriche. L’écologiste Alexander Van der Bellen s’impose finalement face au candidat populo-nationaliste d’extrême-droite avec seulement 50.3% des voix. Victoire du localisme, tout de même.
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http://http://www.rts.ch/info/monde/7742943-la-carte-de-la-montee-des-droites-nationalistes-en-europe.html

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  • Suisse. Et pendant ce temps-là dans une mini Ville-Monde…. Le Conseil des étrangers de la ville de Zurich milite pour la création d’une carte d’identité pour les résidents sans-papiers de la cité, à l’image de ce qui se fait à New York.
  • Mai. Australie. Heurts entre nationalistes et multiculturalistes à Melbourne.
  • Mai. France. Pour compenser le défaut de solution européenne et étatique, la Maire de Paris, Anne Hidalgo, annonce la future création de camps humanitaires pour migrants à l’intérieur de Paris.
  • Mai. Suisse. Le National rejette l’initiative de l’UDC de délocaliser les camps de migrants dans des États tiers, de créer des camps offshore gérables à distance. Un projet de délocalisation hors du territoire national y compris de ceux reconnus comme réfugiés.
  • Mai. Grande Bretagne. Alors que les sondages donnent les pro-Brexit gagnants, Jo Cox, une députée travailliste pro UE, est assassinée par balles.
  • Union européenne. 23 juin 2016. Historique. Le Brexit remporte le référendum. Les Anglais ont décidé de quitter l’Union européenne.

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Petit zoom sur La carte du Brexit : région et Ville-Monde désirent rester dans l’Union, la « nation » souhaite en sortir. Une carte qui met en évidence les questions d’Identité et offre un premier élément de réponse à cette question : quel avenir pour le territoire national de l’avènement cumulés des transnations (ethniques), des mini-nations (régionales) et du retour de l’identité nationale ? Selon cette carte, on obtient un territoire pour l’identité national et deux enclaves, une pour l’identité régionale écossaise, une pour l’identité mondiale londonienne.

(A voir : http://leprojetcosmopolis.com/4-arjun-appadurai-vs-samuel-huntington/)

(A voir : http://leprojetcosmopolis.com/7-le-21eme-siecle-na-quun-mot-a-la-bouche-identite/)

(A voir : http://leprojetcosmopolis.com/18-babel-eloge-a-la-ville-monde/–> conséquences sur l’espace national)

Au lendemain du Brexit, des anti-Brexit défilent en masse dans la Ville-monde et des pro-Brexit avouent avoir servi de faux arguments…. Alors que les Américains d’une potentielle Amérique Trump pourront éventuellement se réfugier au Canada pour rester dans le Monde, les partisans britanniques du « Remain » eux se ruent sur les passeports irlandais pour rester dans l’Union…

  • Italie. Mai. Le ministre de l’Intérieur italien, Angelo Alfano propose de créer des hotspots flottants pour les migrants. Hommes offshore, capitaux à la maison !
  • Italie. Juin. Election de Virginia Raggi, nouvelle maire de Rome, la candidate populiste du Mouvement Cinq étoiles, au discours isolationniste et identitaire.
  • Suisse. 1er juillet. Entrée en vigueur de la loi anti-burqa au Tessin. En pleine saison touristique, annulation en masse des clients du Golfe.
  • Transnation terroriste. Depuis le début de l’année, multiplication des attentats barbares des disciples de l’EI. Bruxelles, Istanbul, Nice, Orlando, Irak, Liban…  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27attaques_terroristes_islamistes#2016).

Attentats qui ont des conséquences sur le tourisme... Paris, Tunisie, Égypte,…(http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/07/01/sept-consequences-du-terrorisme-sur-le-tourisme-mondial_4962238_4355770.html). Les touristes désertent les lieux désormais associés à la peur, évitent les plages méditerranéennes désormais associées aux réfugiés.

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http://http://files.newsnetz.ch/file_upload/96/76/15/66/box_67424334_textbig1_1_tourismecarte.jpg

  • Turquie. Juillet . Purges et État d’urgence après le coup d’État manqué. Les universitaires sont interdits de quitter le pays, ceux se trouvant à l’extérieur sont eux sommés de rentrer. Nouveau glissement autoritariste d’un État. Et renforcement du clivage interne, ici entre cosmopolitisme et nationalisme religieux. Glissement et isolement, nouvelle pierre à la démobilisation. Entre ceux empêchés de sortir et la situation jugée trop instable pour l’extérieur pour y entrer. Quel sort sera réservé à Istanbul ? Conserver son statut de refuge des mondes au milieu d’un territoire en uniformisation ?
  • France. A la suite de l’attentat de Nice, Paris revoit son été et dans toute la  France on annule certains événements, renforce la sécurité, prolonge l’État d’urgence.

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  • Attentats 2016. Daesh. Eté 2016 climax. Les disciples de Daesh vont de plus en plus loin dans l’horreur. Dernière barbarie : tuer un prêtre dans son église.
  • Juillet. Espagne. Le Parlement catalan majoritairement indépendantiste défie Madrid en adoptant un texte qui défend la « déconnexion » avec l’Espagne et prévoit la création d’une assemblée chargée de rédiger la constitution d’une future république.
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http://http://www.vuessurlemonde.com/2014/09/18/volontes-dindependance-et-dautonomie-dans-lunion-europeenne/

  • Juillet. Royaume-Uni(???). Conséquences du Brexit. Manifestations à Glasgow pour réclamer un nouveau référendum sur l’indépendance (l’Écosse ayant voté le « Remain à 62%) Vers une future Europe des régions ???  Pour l’heure, plus de la moitié des Écossais préfèrent encore  une nation unie qu’une région européenne.
  • Allemagne. Juillet. Une Allemagne divisée sur la politique migratoire de la chancelière. Simultanément manifestations pour et contre à Berlin. L’Allemagne où la diaspora turque est elle-même divisée, après le putsch turc, entre pro et anti Erdogan. L’Allemagne qui devient lieu de représailles et de tensions exportées, transnationales.
  • France. 31 Juillet. Et pendant ce temps-là dans une France qui devrait être au climax de la divisionDes représentants de toutes les religions ont fait messe ensemble pour manifester leur soutien aux catholiques après l’assassinat djihadiste du prêtre. Des croix, des voiles et des kippas se sont donnés rendez-vous pour fraterniser.

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HONG KONG. De l’autre côté du miroir…

Mai 2016

J’aurais à priori dû ne rien avoir à dire sur Hong Kong. Après tout, j’y étais en vacances…

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Oh ouiiiii !!!! Une escale en terre mondialisée sud-est-asiatique pour m’injecter ma dose d’adré !!!  Cette dose d’effervescence bienvenue quand on habite la quiet Switzerland et dont je l’avoue je peux difficilement me passer. Voler vers Hong Kong pour respirer, puiser, me gaver de l’énergie de cette cité, me perdre dans l’ultra-densité, retrouver un peu le bouillonnement qui manque tant dans ma contrée… Et j’ai été servie, tant ici la maxime « Plongée dans le Cosmo et oublie de l’Ego » prend sens…

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Et si j’y ai of course trouvé le foisonnement espéré, en bonus, à Hong Kong je me suis retrouvée de l’autre côté du miroir….

Car après avoir parcouru et tenter de déchiffrer nombre de Chinatowns ou autres Little Hong Kong lors de mes errances en Villes-Monde, me voilà en Chine pour la première fois !

Une première fois en Chine pas totalement dépaysée donc, puisque j’y ai retrouvé de vieilles connaissances…

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Les Chineses bakeries je connaissais déjà, les Dims Sums je connaissais déjà les gargotes cantonaises les temples et les herboristeries je connaissais déjà aussi. Tout comme j’avais déjà eu l’occasion d’assister aux gestes aériens de tai chi pratiqués dans les parcs tôt le matin. Enfin, j’étais quelque peu familiarisée avec la scénographie de la rue ou l’esthétique des commerces, et l’indéchiffrable calligraphie qui donne au tout un caractère exotique, même si je le rappelle je ne raffole pas du mot… Seulement le terme exotique évoque aussi l’inconnu, le mystérieux, et l’ensemble l’est forcément quand les mots sont intraduisibles. Enfin j’utiliserai le qualificatif comme synonyme de dépaysant, à l’instar de certains marchés qui vendent quelques espèces séchées aux pédigrées inconnus, ou de cette rue entièrement dévolue aux nids d’oiseaux pour répondre aux besoins de la médecine chinoise (http://www.discoverhongkong.com/fr/see-do/culture-heritage/living-culture/chinese-medicine.jsp).

Mystérieux, fascinant… Comme lorsqu’on se ballade à Hong Kong Island, dans ces rues étroites et pentues étouffées par des couches de bâtiments empilés qui se font des câlins, on a presque l’impression d’évoluer dans un décor de film. A Hong Kong y’a tellement de couches qu’on arrive plus à lire la ville. Je me suis souvent surprise à penser le bordel que ça serait si Hong Kong devait déménager !!! Aïe… Mais moi j’aiiiime le messy feeling ! Je m’y suis donc sentie parfaitement au diapason.

 

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Voilà, à Hong Kong je me suis donc retrouvée de l’autre côté du miroir à me gaver dans les Chinese bakeries (dont le contenu ça mérite de le souligner est parfois plus « occidentalisé » que celui de leurs homologues des terres occidentales) en même temps que j’ai découvert une langue et de nouvelles traditions et fait d’étonnantes expériences culinaires, bientôt rompue que je serai aux pattes de poulet. Mais j’ai surtout découvert une société à la mentalité complexe et subtile, ce qui m’a encore davantage donné envie d’apprendre le chinois pour peut-être avoir un jour la chance de pénétrer un peu plus l’univers de mes hôtes.

Cantonais vs Mandarin…

Me voilà dans une ville mondiale chinoise, en Chine donc, à faire connaissance avec des Chinois qui ne se sentent pas chinois. Des Chinois made in Hong Kong, re-chinois depuis 1997 et pour lesquels aux dires de mes jeunes interlocuteurs, la quête de la bonne formule identitaire est loin d’être achevée. Paraît qu’il ne se passe pas un jour sans que l’identité hongkongaise soit interrogée dans quelque média.

Des Hongkongais qui ne se sentent donc pas chinois (politiquement ? culturellement ?) et qui comptent pourtant parmi eux un grand nombre de « mainland Chinese » arrivés après la réunification ou issus de vagues migratoires précédentes, demeurés chinois culturellement et redevenus Chinois politiquement en 1997. Des jeunes Hongkongais m’ont parlé du « generation gap » entre la génération ayant immigré du temps de la domination britannique et ayant conservé racines et traditions fortes et la leur qui n’aspire qu’à être elle-même, sans être encore parvenue à définir précisément où se situer. Car ces jeunes Hongkongais, sans toutefois rejeter ce passé qui fait partie de leur Histoire, ne se sentent pas britanniques non plus. S’ils ne rejettent pas cet héritage, ils peuvent entretenir quelque rancœur à l’égard de cette Grande Bretagne qui s’est contenté de rendre l’enfant adoptif à une « biological mother » inconnue au lieu de les accompagner vers l’autonomie politique. N’allez pas croire que ce questionnement identitaire absorbe toutes les classes et toutes les générations. Apparemment, les parents issus de la lower middle class don’t care about leur identité politique.

La langue doit en tous les cas jouer un grand rôle dans l’identification. Alors que leur langue a toujours été le cantonais, voilà que les Hongkongais sont priés d’apprendre la langue chinoise officielle, le mandarin. La langue d’uniformisation, celle parlée par la rivale Shanghai. L’ultra-libérale Shanghai devenue Monde trop vite alors qu’Hong Kong déjà Monde devenait chinoise.

Quoi qu’il en soit, pour cette jeunesse middle class et éduquée il est « very common » de bouger, de faire une expérience à l’étranger. Ils maîtrisent l’anglais, sont cosmopolites et attirés par la démocratie et la culture occidentale. Ils adhèrent au mantra « we need more than one place ». Pour cette jeunesse cosmopolite, “Asia is not enough”. De retour dans leur cité ultra-libérale, cette jeunesse cosmopolite revient d’Europe avec des amis du monde entier et des idées parfois nettement moins… libérales… Contaminée par le trend idéologique « anti-business » d’un vieux continent européen qui s’est un peu figé. Motivés à importer quelques pistes pour croître dans la durabilité.

Hong Kong, paroxysme de la Ville mondiale

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Hong Kong, Concentration, Verticalité & Connectivité. Hub.

A Hong Kong les views from the tops sont très prisées. Pour ma part, après quelques escales au top, je suis vite redescendue. Moins attirée par les vues que par la rue. Par la verticalité que par la concentration.

Je crois bien qu’Hong Kong est la ville la plus dingue qu’il m’ait été donné de traverser !

Au fond j’ai le sentiment de n’être pas du tout venue dans cet organe poussé à plein régime par hasard, mais pour boucler la boucle des Villes mondiales dans un des cœurs battant le plus fort de la mondialisation. Le grand gag c’est qu’il paraît que la cité se soit passablement « vidée » ces dernières années ;-)… Ah bon ?! Oui, oui, qui peut comparer ferait le constat flagrant qu’on circule nettement mieux sur des trottoirs désormais plus aérés … On en douterait presque lorsqu’on s’immerge à Mangkok ou Central à l’heure de pointe !

Hong Kong. « Crowd everywhere, good & cheap food everywhere… »

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En me baladant dans ces rues plus si bondées donc, j’ai repensé à mon amie torontoise Liz (voir : http://leprojetcosmopolis.com/toronto-bienvenue-dans-cosmopolis-immersion/), partie de Hong Kong pour Toronto à l’âge de dix ans. Cette trentenaire vivant dans un quartier ultra branché de Toronto, et capable de me conseiller les meilleurs gargotes de Chinatown, alors mon quartier, m’avait présenté son autre ville comme une « very exciting city », avec de la « very good et very cheap food everywhere, but tiny homes and lack of space ». Une ville où elle me disait avoir plaisir à retourner mais dans laquelle elle ne pourrait jamais plus s’installer, « too crowded » pour elle !

Gentrification et exode

Du coup conséquence logique du mariage de la concentration et du libéralisme, la gentrification bat son plein. Et l’exode dû au mariage de celle-ci et de l’incertitude démocratique semble une réalité. Parfois compliqué pour les jeunes de projeter fonder foyer dans une telle exiguïté. La cherté des loyers étant inversement proportionnelle à la grandeur du foyer. Ajouté à un principe de concurrence poussé à son idéal-type qui conduit à un stress écrasant et à une pollution inquiétante, certains partent pour la Chine ou pour Taïwan. D’autres envisagent au terme de leurs études de rester en Occident où comme me l’a raconté amusée ma voisine d’avion, ils peuvent toujours ouvrir un bar à Dim Sums, trend grandissant, dans un monde où la folie de la frontière n’a d’égal que le goût pour les nourritures du monde ! Une voisine de retour d’un master à Leeds pas pressée de replonger dans cette course sans fin, ni particulièrement ravie de retrouver cette ville qu’elle m’a par ailleurs concédé sans réserve … comme effectivement idéale … pour les touristes ! Pour y passer, moins pour y habiter.

Alors pour que jeunesse cosmopolite et Hong Kong populaire ne soit pas évincés de la cité, on réfléchit à des pistes. Ainsi comme je l’ai appris en tombant sur une émission tv, on cherche des idées du côté de cette Singapour qui a toujours une longueur d’avance pour conjuguer concentration, popularité et modernité. Car ne l’oublions pas (ça mérite éventuellement d’être souligné), quand on vante le mariage particulier entre traditions et modernité des grandes villes d’Asie, traditions rimant souvent avec populaire, une ville trop gentrifiée finirait par devenir une ville carrément aseptisée…

 Densité naturelle à portée

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En fait, Hong Kong est un territoire aux contrastes saisissants, sur lequel s’appliquent plus d’une définition, pas besoin d’aller jusqu’à s’exiler pour respirer. Car dans cet archipel, à quelques minutes de bateau seulement, la nature reprend tous ses droits. Ainsi au terme d’une odyssée éclair de vingt minutes, je me suis retrouvée sur Lamma Island, une de ces îles interdites aux voitures, où tu peux sillonner à travers la jungle pour rejoindre deux villages de pêcheurs…

Sur Lamma Island, on est pêcheurs… mais on est un peu « green » aussi et puis un peu cosmo too.

Sur les traces du colon britannique

On dirait bien que la présence de la « communauté bio » sur les îles donne une idée de l’existence d’une nouvelle colonisation anglo-saxonne, … mais à côté de l’esprit ultra-libéral qui caractérise cette cité, que reste-t-il, qu’a-t-elle conservé de la colonisation britannique historique ?

Pour me faire une idée, après un solide English breakfast…

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Je suis partie en quête de traces de l’ancienne présence britannique sur Hong Kong Island, et jusque sur Queen Road ou Possession Street, il semblerait qu’elle se soit fortement diluée.

Si l’on croise bien au milieu de Central quelques bâtiments aux allures british cachés derrière la végétation et noyés dans l’océan de buildings du CBD, qu’on vient volontiers prendre le Afternoon Tea au Peninsula en mode attraction touristique, qu’on a conservé le goût des courses de chevaux ou des tramways…

… l’atmosphère de la Hong Kong colonisée, c’est du côté du History Museum et ses minutieuses et reconstitutions qu’on va la découvrir.

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Le colon anglais de l’empire (politique) colonial a donc été remplacé par le colon anglais du réseau (économique) mondial, et à Central bien plus qu’à Mongkok, on retrouve ce dernier dans les tours de bureaux ou agglutiné dans les bars de Central qui longent le grand escalator.

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Glocalismes

En fait, si l’Histoire a correspondu à l’importation d’une culture occidentale, le présent se caractérise par une culture mondiale revisitée… On appelle ce processus la glocalité.

Car si la vieille présence britannique s’est fortement diluée, la dernière colonisation occidentale, celle du CBD, est omniprésente. Et encore une fois et peut-être plus que jamais, celle-ci l’Asie a su la faire sienne, se l’approprier, la glocaliser, allant jusqu’à dépasser ceux qui l’avaient instituée.

Mais Hong Kong ne s’est pas limitée à glocaliser l’économie mondialisée. Et à Hong Kong le glocalisme ne se limite pas au fait que KFC ou Mac Do adaptent leurs menus aux palais locaux. Hong Kong a également su glocaliser la culture en parvenant encore, en tout cas pour l’instant, à faire cohabiter traditions avec ultra-modernité.  Et à Hong Kong le glocalisme ne se limite pas à la cohabitation. Car ici on découvre aussi une culture chinoise extrêmement vivante mais néanmoins métissée aux influences de la culture « globale ». Glocalisme des époques et des saveurs donc. Enfin dans glocalisme, il y a « compromis ». Ainsi de celui que va à priori faire un État chinois « communiste » jusqu’en 2047 avec le statut spécial de sa fille fraîchement retrouvée. Compromis que cet État communiste fait du reste aussi avec ses autres fleurons de l’économie mondialisée. Ce mariage entre État ultra-fort et ultra-libéralisme est synonyme de compromis dans un esprit occidental. Ici on l’associerait plus volontiers avec la recherche d’un équilibre entre le Yin et le Yan…

Reste que le mariage du libéralisme économique et de la disparition progressive et annoncée du libéralisme politique semble tangent, à en croire cette jeunesse qui lorgne vers d’autres horizons et qui cherche à conserver ses acquis à coups de parapluies….

Ville mondiale vs Ville-Monde

Donc Hong Kong est le lieu du glocalisme assumé, des appropriations réussies, de la rencontre de deux mondes. L’autre côté du miroir. Le lieu originel de la rencontre entre l’Est et l’Ouest. Le lieu de la Little Britain avant les Little Hong Kong de l’autre côté. Un lieu au passé colonial avec l’identité hybride qui en a résulté.

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De par sa place dans la mondialisation, on pourrait supposer que cette cité ne devrait pas se limiter à cette rencontre-là, non ? Alors, Hong Kong, ville de toutes les cohabitations ? Rencontre de tous les mondes ?

En fait non. Hong Kong ville mondiale indubitablement. Mais Ville-Monde certainement pas. Avec 95% de sa population qui est chinoise, on aurait de la peine à affirmer qu’Hong Kong est une ville de minorités majoritaires, mais bien la cité d’une écrasante majorité. Si cultuellement oui, à première vue démographiquement elle ne s’avère ni multiculturelle ni métissée. Bien sûr que le cosmopolitisme mondialisé saute aux yeux aux abords de Central. Mais un multiculturalisme qui se limite au mode de vie cosmopolite ça reste un peu limité. Multi-culturalisme intracivilisationnel et cosmopolitisme anglo-saxon certes, mais rien à voir avec la multiculturelle Singapour.

En fait à Hong Kong je réalise encore plus la richesse des lieux de toutes les convergences. A quel point l’Europe devrait plutôt s’en vanter et en jouir. En ce qui me concerne, je ne me lasse d’être étonnée, comme il y a quelques jours quand j’ai remarqué qu’une épicerie chinoise avait ouvert à côté d’une érythréenne et à deux pas d’une égyptienne dans le quartier Monde de ma cité. Quelle époque, quel monde fascinant et stimulant.

Immigration

A Hong Kong il existe bien un phénomène qu’on semble avoir oublié de glocaliser, se contentant de l’importer tel quel…. J’ai découvert qu’ici aussi on est obsédés par la circulation des autres. Hong Kong n’échappe donc pas au paradoxe contemporain : chercher la sortie et fermer l’entrée !

Ainsi à la télé la question des réfugiés occupe une grande place dans l’actualité, à une fréquence qui ferait presque croire qu’on se trouve en Europe l’été dernier.

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Du coup, j’aurais dû ne pas être étonnée lorsqu’un commerçant me lance comme entrée en matière, entre affolement et compassion, « Oh Switzerland, all this refugees in Switzerland… ». Si si, il a vu à la télé l’immense problème en Europe et aussi en Suisse, avec tous ces gens s’y ruant par centaines de milliers depuis la Grèce ou l’Italie !… Ca semble le préoccuper, je l’interroge alors sur Hong Kong. Chez eux non pas de réfugiés mais des « illegal immigrants » venant du Pakistan, d’Indonésie, etc. pour l’argent.

Cependant j’ai entendu l’autre jour que la Chine, qui n’a pas vraiment la réputation d’être une terre d’accueil, était au top avec l’Allemagne dans l’accueil des réfugiés syriens. Quant à Hong Kong, avec le vieillissement de la population, il semble bien qu’on devrait se diriger nécessairement vers une politique d’ouverture assouplie.

C’est en tous les cas ce que je souhaite à mon amie taïwanaise Line, qui, alors qu’une partie de la jeunesse hongkongaise lorgne sur Taïwan, est elle venue rejoindre un fiancé très attaché à Hong Kong, où elle vit pour l’instant illégalement. Afin de pouvoir subvenir à ses besoins sans papiers, elle donne donc des cours de chinois (mandarin) aux Hongkongais qui parlent cantonais… Au risque de me répéter,… quel monde fascinant !

Made in Hong Kong 😉 ?

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Épilogue

J’aurais pu ne rien avoir à dire sur Hong Kong. Oui mais voilà, j’ai toujours follement envie de partager ! Envie de parler de mondialisation, de cohabitation, d’identités, de glocalisation. Pis je suis follement heureuse d’avoir eu la chance de re-voyager. De m’évader de ce localisme dans lequel je m’étais ces derniers mois trop ancrée.

En tous cas, Hong Kong a tenu toutes ses promesses. J’ai fait le plein d’énergie et retrouvé mes sensations, celles de mes errances en Villes-Monde, ces cités qui n’ont pas fini de m’enchanter. Et je suis rentrée absolument pas reposée mais pleinement revigorée. Pleine et vidée. Bon là je dois déjà retourner travailler mais me réjouis de vous retrouver tout bientôt dans un autre lieu stimulant ! See you soon, don’t know where :-)

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 Liens

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http://www.revue21.fr/tous_les_numeros#n-35_hong-kong-lauberge-asiatique

 

 

Quelques trouvailles de plus…

TALENTS EN EXIL

Exposition. Eté 2016.

L’exposition “Talents en exil, Réfugiés à Paris” s’est donné pour objectif de mettre des visages sur des réfugiés à travers une série de portraits, visibles jusqu’au 31 août, place du Palais Royal à Paris.

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 » L’exposition photographique Talents en Exil, réfugiés à Paris conçue par l’association Action Emploi Réfugiés (AERé), en partenariat avec la Mairie de Paris et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), propose une série de 20 portraits de réfugiés arrivés en France au cours de ces dernières années et ayant trouvé du travail ou une formation à Paris.

De la mi juin à fin août, au cœur de la capitale, AERé invite ainsi les Parisiens, les touristes français et étrangers à poser un autre regard sur les réfugiés. C’est, au-delà des chiffres et des drames, une invitation à dépasser les clichés et à découvrir des visages, des parcours, des talents de femmes et d’hommes venus en France pour réussir leur nouveau départ dans la vie. »

(http://www.actionemploirefugies.com/espace-editorial/exposition-photographique-talents-en-exil)

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NOUVELLES DU MONDE

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Miniatures. Editions Magellan & Cie

 » Alors que la mondialisation des échanges progresse, que le monde devient un pour tous, des mondes-miniatures s’imposent, des pays et des régions entières affirment leur identité, revendiquent leur histoire ou leur langue, réinvestissent pleinement leur espace. Quoi de plus parlant qu’une miniature, la nouvelle, pour lever le voile sur ce monde-là, celui d’une diversité infinie et porteuse d’espoir ?

Cette collection, dirigée par Pierre Astier, est publiée en partenariat avec le magazine Courrier international.

Elles sont maliennes, libanaises ou corses… Elles vous entraînent vers des terres lointaines ou moins lointaines. Elles vous ouvrent à d’autres cultures, d’autres croyances, d’autres histoires. Les grandes plumes de la littérature contemporaine vous emportent loin, loin, loin…« 

(http://www.editions-magellan.com/collections/miniatures/)

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VOICI VENIR LES RÊVEURS

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Par Imbolo Mbue. 2016. Editions Belfond. 300 pages.
 » Drôle et poignante, l’histoire d’une famille camerounaise émigrée à New York. Porté par une écriture à la fraîcheur et à l’énergie exceptionnelles, un roman plein de générosité, d’empathie et de chaleur sur le choc des cultures, les désenchantements de l’exil et les mirages de l’intégration. Un pur joyau, par une des nouvelles voix afropolitaines les plus excitantes du moment.
L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l’Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d’éclater. Jende l’ignore encore : en Amérique, il n’y a guère de place pour les rêveurs…« 
(http://www.belfond.fr/livre/litterature-contemporaine/voici-venir-les-reveurs-imbolo-mbue)

Angle : immigration et communautés transnationales après la chute du réseau. Conséquences post crise 2008 sur le Monde mobile.

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DÉSORIENTALE

Wet Eye Glasses

Par Négar DJAVADI. 2016. Editions Liana Levi. 352 pages.

Question : s’intégrer implique-t-il de se « désintégrer » ?

 » Si nous étions en Iran, cette salle d’attente d’hôpital ressemblerait à un caravansérail, songe Kimiâ. Un joyeux foutoir où s’enchaîneraient bavardages, confidences et anecdotes en cascade. Née à Téhéran, exilée à Paris depuis ses dix ans, Kimiâ a toujours essayé de tenir à distance son pays, sa culture, sa famille. Mais les djinns échappés du passé la rattrapent pour faire défiler l’étourdissant diaporama de l’histoire des Sadr sur trois générations: les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l’adolescence, l’ivresse du rock, le sourire voyou d’une bassiste blonde…
Une fresque flamboyante sur la mémoire et l’identité; un grand roman sur l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui. »

(http://www.lianalevi.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=569)

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BROOKLYN VILLAGE

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De Ira SACHS. 2016. USA. 1h25.

 » Une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les relations sont d’abord très cordiales, notamment grâce à l’insouciante amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Mais le loyer de la boutique s’avère bien inférieur aux besoins des nouveaux arrivants. Les discussions d’adultes vont bientôt perturber la complicité entre voisins.« 

(http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=239514.html)

« Brooklyn Village » : la gentrification à hauteur d’enfants
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2016/09/20/brooklyn-village-la-gentrification-a-hauteur-d-enfants_5000460_3476.html#PK0f7d6fzk4GzFdw.99

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UN PAESE DI CALABRIA

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De Shu AIELLO et Catherine CATELLA. FR / CH / IT, 2016

 » Le village de Riace a longtemps gardé les traces de cette forte émigration vers les villes du Nord et les pays riches; les maisons en ruine et les terres abandonnées dessinaient le paysage de ce village moribond. Un jour de l’été 1998, un bateau avec deux cent kurdes échoue sur la plage: l’histoire du village échappe alors définitivement à la fatalité. Riace, cette terre que l’on voulait autrefois quitter attire désormais d’autres exils, d’autres hommes venus de terres lointaines et inhospitalières.« 

(http://www.swissfilms.ch/fr/film_search/filmdetails/-/id_film/2146991849)

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POURQUOI NOUS DÉTESTENT-ILS ?

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Producteur: Caméra Subjective

2016. Diffusé par Planète +

Pourquoi nous détestent-ils ?” est une série de trois documentaires incarnés par Amelle Chahbi, Alexandre Amiel et Lucien Jean-Baptiste. Chacun d’eux se concentrent sur les relations qu’entretient la France avec trois tranches de sa population : les musulmans, les Juifs et les noirs. »

(http://camerasubjective.com/?post_type=realisation&p=403)

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MADE IN FRANCE

Un documentaire de Benjamin CARLE, Karine DUSFOUR, Benjamin AUDOUR, 2014, 90′.

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 » Peut-on vivre en consommant exclusivement des produits fabriqués en France ?
C’est la question qui a poussé un jeune journaliste de 25 ans, Benjamin Carle, à faire l’expérience de vivre pendant neuf mois en n’utilisant que des produits français. Enfant de la mondialisation, le jeune homme a décidé de remplacer chacun de ses biens par un équivalent conçu et fabriqué majoritairement dans l’Hexagone.
Au-delà de la difficulté à dénicher un téléphone portable, un ordinateur ou un réfrigérateur « made in France », ce film se propose d’effectuer une plongée dans la production française d’aujourd’hui. Un road trip – enfin, « un voyage sur la route » ! – qui invite à réfléchir sur les grandes données macroéconomiques du pays : Qu’y fabrique-t-on encore ? Quelles sont les forces et les difficultés industrielles de la France ? Les employés français sont-ils vraiment si chers ? Les Français peuvent-ils sauver leurs emplois en favorisant la consommation nationale ? Le « consommer français » n’est-il pas rétrograde ? Comment faire avancer la science, la technologie, la santé, la culture sans mise en commun des savoirs, sans brassage ?
Présent partout dans les médias et le discours politique, il était temps de s’interroger sur ce que le « Made in France » signifie réellement alors qu’il fait poser Arnaud Montebourg en marinière et qu’il s’impose comme un rempart aux maux économiques du pays.
Compléments : De la Charentaise à la Basket – Indépendance numérique – Manger français, manger local – Mao et l’accordéon – Vendre du Made in France aux Chinois « 

(http://www.filmsdocumentaires.com/films/3348-made-in-france)

Projet ? re-localiser, innover, …. exporter.

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LA MAIN…ET LES AUTRES

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Les visages du boulevard Saint-Laurent. De Paul CARVALHO.

 » La Main a été le refuge de grandes vagues d’immigration. Première rue tracée à travers l’île de Montréal, elle est la frontière classique entre les anglophones et francophones. C’est ici le long de cette frontière que les autresvont chercher leur espace. Nous racontons l’histoire des Italiens, des Juifs et des Chinois qui constituent l’altérité, la première rencontre du Canada français avec le reste du monde au-delà des îles britanniques. Chacun de ces groupes nous a apporté des valeurs culturelles mais ils ont été blessés par des évènements tels que l’imposition de la taxe d’entrée envers les Chinois ou l’internement de l’élite italienne pendant la Seconde Guerre mondiale. La Main est le boulevard de tous les possibles car elle échappe aux normes présentes dans le reste de la ville. C’est le lieu de naissance du cinéma au Canada et la rue des spectacles osés. C’est aussi le lieu choisi par les Canadiens français pour établir le Monument-National où le théâtre québécois est né. L’acteuret dramaturge Gratien Gélinas y jouera le fameux Fridolin. La Main est un lieu de passage car les immigrants finissent par la quitter. Mais elle reste pour eux, comme pour tous les Montréalais, un lieu de rassemblement, le berceau de leur mémoire.« 

(http://www.paulcarvalhofilms.com/main.html)

Lien : (http://leprojetcosmopolis.com/2-montreal-entre-le-quebec-et-le-monde/)

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NOTRE FRANCE & GÉNÉRATION GUEULE DE BOIS

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Par Raphaël GLUCKSMANN.

« Depuis des siècles, notre France est humaniste, cosmopolite, ouverte sur les autres, le monde et l’avenir. Elle n’a jamais été ce pays clos, cette société monochrome et cette identité univoque que les réactionnaires prétendent ressusciter.

Profitant du silence et de l’indolence des héritiers supposés de Voltaire et Hugo, les rejetons de Maurras et Barrès ont kidnappé notre histoire. Devenus maîtres du passé, ils contrôlent le présent et oblitèrent l’avenir.

Face à la tentation du repli qui submerge notre nation, il est temps de reprendre le récit français des mains de ceux qui l’avilissent. Temps de réapprendre à dire et à aimer ce que nous sommes. De retourner aux sources de notre France pour la faire vivre à nouveau. » R. G.

(http://www.allary-editions.fr/publication/notre-france/)

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BIUTIFUL

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D’Alejandro González Iñárritu. 2010. ESP / MEX. 2h18

L’autre Barcelone…

 » Dans les bas-fonds de Barcelone, les derniers jours d’un petit trafiquant et père de famille en sursis, avec Javier Bardem à son meilleur. Un drame noir et crépusculaire signé Alejandro González Iñárritu.

Dans les quartiers pauvres de Barcelone, jungles oubliées d’immigration clandestine et de trafics en tous genres, Uxbal, intermédiaire sur la brèche et médium à ses heures, s’échine à élever seul sa fille et son fils, entre deux passages de leur mère, paumée et bipolaire. Une existence en zone grise, entre flics corrompus, Chinois exploités et sans-papiers africains. Jusqu’au jour où il apprend qu’un cancer ne lui laisse que quelques mois de sursis. Uxbal tente alors de mettre de l’ordre dans sa vie et de préparer sa sortie…

Entre-deux mondes

Introduit par un troublant préambule – un rendez-vous dans la neige entre deux hommes (ou fantômes)  −, Biutiful met en scène le temps compté d’un père, malhonnête autant que brave, dans une ville gangrenée par la misère, comme lui par le cancer. Boîtes de nuit sordides, lumières sales… : filmant avec virtuosité les bas-fonds de Barcelone, Alejandro González Iñárritu semble ici rendre hommage au cinéma expressionniste. Dans cet entre-deux mondes, Uxbal (Javier Bardem, bouleversant de présence physique et de vulnérabilité) se débat dans un combat perdu d’avance, tour à tour minable et figure paternelle armée de courage, soucieuse de transmettre à ses enfants ce qu’il a de meilleur tant qu’il en est encore temps. Ce concentré d’humanité éclaire de fulgurances ce drame crépusculaire, hanté par une mondialisation laminant les êtres.« 

http://www.arte.tv/guide/fr/061682-000-A/biutiful

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DHEEPAN

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De Jacques AUDIARD. 2015. FR. 1h55.

 » Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer. « 

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=232070.html

(http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Dheepan-la-Palme-dor-est-un-grand-film-de-guerre-imprevisible)

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FUOCOAMMARE

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Documentaire de Gianfranco ROSI. IT/FR, 2016, 1h49.

« «Fuocoammare», une île au large de l’espoir. Dans «Fuocoammare», Gianfranco Rosi évoque le destin de Lampedusa, première destination des migrants, en articulant subtilement la vie traditionnelle des pêcheurs qui y vivent et le choc de l’histoire. A 205 kilomètres de la Sicile et 113 des côtes africaines, l’île de Lampedusa, 20 km2, 6000 habitants, est à l’avant-poste de la tragédie migratoire qui afflige nos temps. Au cours des deux dernières décennies, 400 000 migrants ont essayé d’y débarquer, 15 000 ont trouvé la mort. Gianfranco Rosi a passé un an et demi sur l’île pour tenter de comprendre la tragédie. Ce réalisateur italien a une haute idée du documentaire. Il n’est pas question pour lui de tenir un discours sensationnaliste ou propagandiste, mais de capter la réalité et donner à voir ce que les yeux refusent de voir. « 

(https://www.letemps.ch/culture/2016/09/27/fuocoammare-une-ile-large-lespoir)

 » Ceci n’est pas un film sur les migrants. « Fuocoammare, par-delà Lampedusa » est l’histoire d’une rencontre : celle entre un réalisateur, Gianfranco Rosi, et les habitants de cette île, point le plus au sud de l’Italie devenu une frontière hautement symbolique de l’Europe. Située à 110 kilomètres de l’Afrique et à 200 kilomètres de la Sicile, Lampedusa a été traversée ces vingt dernières années par plus de 400 000 migrants en quête de liberté. »

http://www.france24.com/fr/20160928-fuocoammare-lampedusa-cinema-documentaire-migrants-italie-mediterranee-oscar

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MA PART DE GAULOIS

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De Magyd CHERFI. 2016. Actes Sud. 272 pages.
 » C’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël, quartiers nord de Toulouse. Une formalité pour les Français, un événement sis mi que pour l’“indigène”. Pensez donc, le premier bac arabe de la cité. Le bout d’un tunnel, l’apogée d’un long bras de fer avec la fatalité, sous l’incessante pres sion énamourée de la toute-puissante mère et les quolibets goguenards de la bande. Parce qu’il ne fait pas bon pas ser pour un “intello” après l’école, dans la périphérie du “vivre ensemble” – Magyd et ses inséparables, Samir le militant et Momo l’artiste de la tchatche, en font l’expérience au quotidien.
Entre soutien scolaire aux plus jeunes et soutien mo ral aux fi lles cadenassées, une génération joue les grands frères et les ambassadeurs entre familles et société, tout en se cherchant des perspectives d’avenir exaltantes. Avec en fond sonore les rumeurs accompa gnant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, cette chro nique pas dupe d’un triomphe annoncé à l’arrière-goût doux-amer capture un rendez-vous manqué, celui de la France et de ses banlieues.
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul !

“Dire que j’écris me gêne, complexe d’ancien pauvre, d’ex-fils-d’immigré, d’épisodique schizophrène car j’suis devenu français. J’ai du mal à écrire car je m’écris et m’écrire c’est saisir une plaie par les deux bouts et l’écarter un peu plus. La plume m’a séparé de mes compagnons d’infortune, tous ces « Mohamed » de ma banlieue nord hachés menus par une société qui a rêvé d’un « vivre ensemble » sans en payer le prix. Je raconte une fêlure identitaire, un rendez-vous manqué. C’était l’année 1981, la gauche arrivait au pouvoir la besace pleine de l’amour des hommes et les premiers Beurs accédaient au bac. Le bac, une anecdote pour les Blancs, un exploit pour l’indigène. Tout était réuni pour cette égalité des droits tant chérie. La promesse d’une fraternité vraie semblait frémir.

Pourtant la rencontre de la France et de sa banlieue n’a pas eu lieu, elle n’a toujours pas vu la lumière car l’exception française persiste, celle d’être français et de devoir le devenir…”« 

(http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/ma-part-de-gaulois)

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LE PAYS QU’HABITAIT ALBERT EINSTEIN

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Etienne KLEIN. 2016. Actes Sud. 256 pages.

 » Albert Einstein, c’est l’audace intellectuelle alliée à une fraîcheur déconcertante, c’est l’imagination ardente soutenue par une obstination imperturbable. Mais comment approcher une façon de penser et de créer à nulle autre pareille ?
Étienne Klein est parti sur ses traces, il s’est attaché aux époques et aux villes où le destin d’Einstein a basculé : Aarau où, à seize ans, Einstein se demande ce qu’il se passerait s’il chevauchait un rayon de lumière ; Zurich, où il devient ingénieur en 1901 et se passionne pour la physique expérimentale ; Berne où, entre mars et septembre 1905, il publie cinq articles, dont celui sur la relativité restreinte qui révolutionnera les relations de l’espace et du temps, tout en travaillant à l’Office fédéral de la propriété intellectuelle ; Prague où, en 1912, il a l’idée que la lumière est déviée par la gravitation, esquissant ainsi la future théorie de la relativité générale. Puis Bruxelles, Anvers et, enfin, Le Coq-sur-Mer où, en 1933, Einstein se réfugie quelques mois avant de quitter l’Europe pour les États-Unis. Définitivement.
Albert Einstein (1879-1955), c’est une vie d’exils successifs, arrimée à la physique. C’est un art du questionnement fidèle à l’esprit d’enfance. C’est un mystère qu’Étienne Klein côtoie avec autant d’affection que d’admiration.« 

(http://www.actes-sud.fr/catalogue/societe/le-pays-quhabitait-albert-einstein)
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ZINC

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Par David VAN REYBROUCK. 2016. Actes Sud. 80 pages.

 » David Van Reybrouck retrace ici l’histoire d’un infime territoire coincé entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, un confetti au statut unique en Europe, car déclaré neutre par les grandes puissances après la chute de Napoléon et jusqu’en 1919, faute d’un accord sur le tracé des frontières alentour. Il s’agissait à l’origine d’un banal conflit d’intérêts puisque se trouvait là un important gisement de zinc, minerai dont l’exploitation déjà ancienne connut son apogée au xixe siècle.

Un siècle de neutralité heureuse du village de Moresnet, une sorte d’Europe en miniature : les nationalités s’y côtoient, les lois sont françaises, l’administration germano-belge, le service militaire est longtemps ignoré. Mais en 1914 l’Allemagne l’occupe, avant que le traité de Versailles ne l’attribue à la Belgique. Et ce n’est qu’un début, car les guerres du xxe siècle ne cesseront de meurtrir la population de cette enclave autrefois privilégiée.
Cette histoire, David Van Reybrouck nous la conte à travers le destin d’Emil Rixen. Né en 1903, cet homme ordinaire changera cinq fois de nationalité sans jamais traverser de frontière : “Ce sont les frontières qui l’ont traversé.”
Mais à travers ce destin singulier – et avec lui celui de la communauté méconnue des Belges germanophones –, c’est à deux sujets d’une actualité brûlante que David Van Reybrouck nous invite à réfléchir : la fin d’une utopie européenne et le retour des frontières, véritables matérialisations sur le terrain de la résurgence des nationalismes. »

(http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/zinc)
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PARTIR- Hors-série Le Monde

Conquérir, quitter, fuir, s’exiler, voyager, découvrir
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 » L’histoire du monde est l’histoire des conquêtes et des migrations qui ont dessiné les frontières dans lesquelles nous vivons. Frontières sans cesse redessinées. Réfugiés syriens aujourd’hui ; réfugiés arméniens, juifs, espagnols, vietnamiens, pieds-noirs hier. Les mêmes mots reviennent : « invasions », « apatrides », « migrants », « camps », « murs »… Si dans une moitié du globe on fuit, dans l’autre on part conquérir ce qu’il reste d’un monde disponible et sûr, dans un tourisme qui se joue de plus en plus à huis clos.« 

Date de parution : octobre 2016.

(http://boutique.lemonde.fr/partir-17682.html)

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LUCKY LUKE – LA TERRE PROMISE

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 » Enfin le grand retour de Lucky Luke ! Dans La Terre Promise, Jul et Achdé ont assigné une mission rocambolesque à l’éternel justicier. Lucky Luke doit escorter toute une famille de juifs d’Europe de l’Est à peine débarqués du bateau à Saint Louis jusqu’aux confins de l’Ouest sauvage ! Jusqu’alors, l’homme qui tire plus vite que son ombre avait déjà côtoyé de sacrés originaux. Un prince russe dans Le Grand Duc, un aristocrate anglais dans Le Pied-Tendre, un psychanalyste viennois dans La Guérison des Dalton… Mais lorsque son copain Jack-la-Poisse le supplie de s’occuper de ses parents (à qui il n’a pas osé avouer qu’il était cow-boy et qui le croient avocat à New-York), Lucky Luke n’écoute que son coeur. Avec un grand-père religieux obsédé du shabbat, une mamma décidée à gaver Lucky Luke de carpe farcie, une jeune fille prude qui cherche le mari idéal (avocat ou médecin, mais bon, cow-boy ça va aussi), et un gamin turbulent plus intéressé par le Far-West que par sa Bar Mitsvah, le voyage promet d’être long. Desperados, joueurs de poker, attaques d’indiens féroces (la tribu des « Pieds Noirs » a mauvaise réputation), tout l’univers de Lucky Luke va être confronté à ce choc des cultures. Mais à la fin du voyage, c’est autant notre cow-boy solitaire que sa nouvelle famille d’adoption qui auront appris à surmonter les épreuves et les préjugés. »(http://www.dargaud.com/bd/LUCKY-LUKE/Aventures-de-Lucky-Luke-d-apres-Morris-Les/Aventures-de-Lucky-Luke-d-apres-Morris-Les-tome-7-Terre-Promise-La)

Jul en parle sur France Inter :

« Lucky Luke et les juifs, quand on a proposé ça aux éditeurs ils sont un peu tombés de leur chaise, et puis après, voilà, je leur ai raconté un petit peu l’histoire que je voulais mettre en scène. On a coutume de dire oui ben un film par exemple comme “Rabbi Jacob” on pourrait plus le faire aujourd’hui, la France est recroquevillée sur elle-même, vraiment y a des lignes de fractures, des communautés, c’est compliqué, on peut plus rire de tout… » La rédaction d’E&R (http://www.egaliteetreconciliation.fr/Jul-Avec-Lucky-Luke-et-La-Terre-promise-on-s-adresse-a-l-intelligence-du-lecteur-42365.html)

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UN MONDE DE CAMPS

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Sous la direction de Michel AGIER. Editions La Découverte. 2014. 423 pages.

 » Les camps se multiplient et se banalisent partout sur la planète. Ils sont aujourd’hui des milliers, dessinant peu à peu un nouveau paysage mondial. Gouvernements nationaux et agences internationales adoptent de plus en plus systématiquement cette solution pour « regrouper » les réfugiés humanitaires, pour « parquer », faire « transiter », « retenir » ou mettre à l’écart les « déplacés » et les migrants, les « clandestins » et autres indésirables.Douze millions de personnes vivent ainsi dans ces camps, des millions d’autres dans des campements de fortune, au creux des forêts dans les interstices des villes, le long des frontières; d’autres encore sont piégés dans des centres de rétention, des zones d’attente ou de transit. Si ces « hors-lieux » sont des espaces de parias, nombre d’entre eux s’inscrivent dans la durée et se transforment au fil du temps : la vie s’y renouvelle, s’y attache, et l’emporte le plus souvent sur la mort ou le dépérissement. En vingt-cinq monographies qui forment une sorte de tour du monde des camps (du plus ancien, à Chatila au Liban, au plus grand, à Dadaab au Kenya, qui regroupe 450 000 habitants, en passant par le plus informel, à Canaan en Haïti, ou le plus précaire, à Calais), cet ouvrage fait découvrir la vie intime et quotidienne de leurs habitants. Loin d’être l' »exception » que l’on évoque généralement dans un cadre humanitaire ou sécuritaire pour en justifier l’existence, les camps font durablement partie des espaces et des sociétés qui composent le monde aujourd’hui.

« Michel Agier est anthropologue, directeur de recherches à l’IRD et l’EHESS, membre de l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (IIAC). Il a notamment publié Gérer les indésirables (Flammarion, 2008) et La Condition cosmopolite (La Découverte, 2013).

Clara Lecadet est anthropologue (EHESS), membre de l’IIAC (EHESS-CNRS). Elle a été chercheure postdoctorale de l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour le programme « MobGlob ».